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et beaucoup d’autres que nous pourrions y joindre ; on cite enfinquelques stances de ses odes , genre de poésies ou sans Rousseaunous aurions si peu à citer, et tant à oublier. Concluons que siLa Motte n’est pas un grand poète , c’est du moins un poètedont on a retenu des vers; et demandons qu’on nous en dise unseul de tant de rimeurs qui le décrient.
On lui a reproché ses paradoxes sur la poésie, sur les tragé-dies en prose, sur l’ode, sur la fable , sur le poème épique. Ilétait pourtant assez naturel qu’il soutînt ces paradoxes. Il vou-lait faire des vers , et sentait que la nature ne l’avait pas faitpoète ; il voulait faire des odes, et sentait qu’il avait plus de lo-gique que de chaleur, plus de raison que d’enthousiasme ; ilvoulait faire des tragédies , et se voyait à une distance immensede Corneille et de Racine ; enfin il voulait faire des fables , etsentait que son esprit, dont le caractère était la finesse, essaieraiten vain d’attraper la naïveté charmante de La Fontaine : quelui restait-il donc à faire? de soutenir , avec tout l’art dont ilétait capable , que l’harmonie et les images n’étaient point ne-cessaires à la poésie, la chaleur et l’enthousiasme à l’ode, laversification à la tragédie, et la ndivetê à la fable. La Motte s’est,fait une poétique d’après ses talens, comme tant de gens se fontune morale suivant leurs intérêts. Ne croyons point à ses opi-nions ; mais pardonnons-lui de les avoir soutenues : il n’est guèred’écrivain qui n’ait cherché comme lui à rabaisser le genre demérite qu’il sentait lui avoir été refusé par la nature. Un auteurpeu correct, et paresseux de repasser la lime sur ses produc-tions , fera l’éloge de la négligence du style , il appellera facileune poésie lâche et traînante ; celui qui pense peu mettra toutle mérite dans la diction ; celui qui écrit ou qui croit écrire avecchaleur , expression dont on abuse tant aujourd’hui, donnerale prix à cette chaleur, vraie ou fausse, sur la raison et la justesse ;le public laissera l’amour-propre de chaque écrivain faire son plai-doyer, rira de leurs efforts, non de génie, mais de raisonnement,pour hausser leur place , et finira par mettre chacun à la sienne.
Si les vers de La Motte ne sont pas des chefs-d’œuvre depoe&ie , ses écrits en prose peuvent être regardés comme de*>modèles de style (i 8 ). Ses discours académiques obtinrent surtoutles plus grands applaudissemens. Il est vrai qu’ils en ont étéredevables , non-seulement à leur mérite réel, mais à un autretalent de l’auteur, qu’il serait injuste de passer sous silence ( 19 ).Personne ne lisait, ou plutôt ne récitait, car on sait qu’il étaitaveugle , d’une manière plus séduisante et plus magique ; glis-sant rapidement et à petit bruit sur les endroits faibles ; appuyantavec intelligence, quoique sans affectation , sur les traits les plus