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Tome troisième.
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DE LA MOTTE. 135

déré que La Fontaine, dont la colère momentanée, semblableà celle d’un enfant qui se décharge sur tout ce qu elle rencontre ,avait mêlé dans sa querelle l’honnête et paisible Quinault, dontil n’avait point à se plaindre (21). Les traits de La Motte, dirigéspar une main plus sage , ne percèrent que le seul malheureuxqui avait eu la bassesse et la sottise de l’outrager; tant d ad-versaires , plus ou moins dignes de ses coups, et qui jusqu alorsl’avaient provoqué sans réponse, apprirent en ce moment que ,s’il les avait épargnés, ce n’était pas par impuissance , et durentsentir combien la représaille était à craindre pour eux. Maiscontent de ce seul essai de ses forces dans le genre satirique, ilfit beaucoup mieux que d’y réussir, il s’en abstint. Il résistamême presque toujours à la démangeaison si naturelle de re-pousser la critique. Il pensait avec raison qu’un silence nobleest l’arme la plus efficace qu’on puisse opposer aux traits del’envie; pour un ou deux écrivains célèbres qui ont immolé avecsuccès leurs détracteurs à la risée publique , combien en est-ilqui se sont dégradés en se mesurant avec eux ? Il faut, ou quele lion laisse bourdonner la guêpe, qu qu’il ne la fasse taire qu’enl’écrasant. Le poète Gacon (22), dont ou peut dire, en parodiantdeux vers de Racine ,

El ton nom paraîtra dans la race future,

Aux plus vils rimailleurs une cruelle injure ,

harcelait notre patient académicien par de misérables épi-grammes, dans l’espérance de le forcer à une réponse qu’il nepouvait arracher ; las enfin de répandre son fiel en pure perte :Kans rij- gagnerez rien, dit-il à celui qu’il provoquait, je vaisdonner une brochure qui aura pour titre : Réplique au silencede M. de La Motte } On ne fera peut-être jamais à aucune satireune réponse plus mortifiante que celle de Fontenelle à un auteurqui, ayant besoin de lui, venait s’accuser humblement de l’a-voir outragé dans une brochure : Monsieur, lui dit le philo-sophe, vous me Ijapprenez. Cette réponse en rappelle une autredu même Fontenelle à La Motte : celui-ci, jeune encore, peuversé dans la connaissance des hommes, et surtout des hommes àtalens, disait au philosophe, qu’il croyait avoir pour amis tousles gens de lettres. Si cela était , répondit Fontenelle, ce seraitun terrible préjugé contre vous ; mais vous leur faites tropd honneur , et vous ne vous en faites pas assez. S. Jean disaitaux chrétiens : Enfans, aimez - vous les uns les autres , quimalheureusement n’en ont rieu fait. La Molle , quand il eutenfin reconnu par lui-même toute l’injustice de la rivalité , ré-pétait souvent aux artistes en tout genre, qui n’en ont rien fait