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Tome troisième.
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i36 ÉLOGE

non plus , cette sage et inutile maxime : et comme on a definil’hypocrisie un hommage que le vice rend à la vertu, il défi-nissait la jalousie un hommage maladroit que l’infériorité rendau mérite (23).

Cependant, si la réputation dont il jouissait lui avait fait desjaloux, l’aménité de son caractère lui avait fait aussi un grandnombre de partisans. Personne n’applaudissait plus sincèrementque lui aux succès de ses rivaux même ; personne n’encourageaitles talens naissans avec plus de zèle et d’intérêt ; personne nelouait avec une satisfaction plus vraie les bons ouvrages ; s’il yremarquait des fautes , ce n’était pas pour jouir de la gloire sifacile d’affliger la vanité d’autrui ; c’était avec ce sentiment,si ignoré des critiques, et si rare même chez les simples lecteurs,que quand il rencontrait des taches, il était fâché de les trou-ver (24). Aussi disait-on de lui, que justesse et justice étaientsa devise. Il montra bien ces deux qualités , lorsqu’il approuva ,comme censeur, la première tragédie de Voltaire; car il n’hé-sita point à dire dans son approbation, que cet ouvrage promettaitau thédtre un digne successeur de Corneille et de Racine. Il n’apas assez vécu pour savoir à quel point il disait vrai ; mais il n’yen a que plus de mérite à avoir deviné si juste, et plus de no-blesse à l’avoir prédit.

Il s’en fallait bien qu’on usât avec lui des mêmes ménage-mens qu’il se prescrivait à l’égard des antres ; loin de s’enplaindre , il savait mettre à profit toute la dureté qu’on se per-mettait à son égard. Quand un auteur, dit-il dans une de sespréfaces , sait gré à ses amis de l’avertir de ses fautes , la vé-rité qu’il cherche ne lui échappe pas. Plus elle est mortifiante,plus les hommes sont contens de la dire, pourvu quelle ne leurlaisse rien à craindre. Aussi presque tout le monde , ou paramitié , ou sous prétexte d’amitié, est en possession de me faireessuyer les choses les plus dures pour l’amour-propre. Tout de-vient madame Dacier pour moi. C’est un secours que je me suisprocuré pour me mettre en état de mieux faire. Il opposait cettedouceur inaltérable , non-seulement aux injures littéraires ,mais aux plus cruels outrages. Un jeune homme, à qui parmégarde il marcha sur le pied dans une foule, lui ayant donnéun soufflet, monsieur, lui dit-il, vous allez être bienfâché, jesuis aveugle. Il souffrait avec la même patience les infirmitésdouloureuses dont î\ était accablé , et dans lesquelles il terminasa vie le 26 décembre , en remplissant fidèlement tous ses de-voirs , et en regardant la mort comme le terme heureux de sesmaux (25).

Tandis que les prétendus amis de La Motte lui faisaient sentir