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ÉLOGE '
mal entendu , qu’il prenait au progrès de la raison dans tous lesgenres. Tous deux ont mis dans leurs écrits cette méthode sisatisfaisante pour les esprits justes , et celle finesse si piquantepour les juges délicats ; mais la finesse de La^otte est plus dé-véloppe'e, celle de Fontenelle laisse plus à deviner à son lecteur.La Motte, sans jamais en trop dire , n’oublie rien de ce que sonsujet lui présente , met habilement tout en œuvre , et semblecraindre de perdre par des réticences trop subtiles quelqu’un deses avantages ; Fontenelle , sans jamais être obscur, excepté pourceux qui ne méritent pas même qu’on soit clair, se ménage àla fois et le plaisir de sous - entendre , et celui d’espérer qu’ilsera pleinement entendu par ceux qui en sont digues. Tous deuxpeu sensibles aux charmes de la poésie et à la magie de la versifi-cation, ont cependant quelquefois élépoëtesà forced’esprit,maisLa Motte un peu plus souvent que Fontenelle, quoique La Motteeût fréquemment le double défaut de la faiblesse et de la dureté,et que Fontenelle eût seulement celui de la faiblesse ; c’est queFontenelle , dans ses vers , est presque toujours sans vie, et queLa Motte a mis quelquefois dans les siens de l’ârne et de l’intérêt.L’un et l’autre furent couronnés avec éclat au Théâtre lyrique;mais Fontenelle fut malheurenx au Théâtre-Français,parce qu’ilétait absolument dépourvu de celte sensibilité indispensable pourun poète tragique , et dont la nature avait donné quelques étin-celles à La Motte. On peut assurer, par exemple , que Fonte-nelle n’aurait jamais trouvé ce trait sublime d'Inès de Castro,qui se voyant empoisonnée , et sentant les atteintes de la mtfrt,.s’écrie : Eloignez mes enfans. On peut même croire que Fontenellen’aurait pas trouvé non plus ce trait charmant d’une des fablesde La Motte, où le poète, en parlant de deux oiseaux amou-reux , peint leur passion mutuelle par cette expression de sen-timent si vraie et si douce :
Parmi tous les oiseaux (lu monde
Ils se choisissaient tous les jours.
Fontenelle et La Motte ont écrit en prose avec beaucoup declarté , d’élégance , de simplicité même , mais La Motte avecune simplicité plus naturelle, et Fontenelle avec une simplicitéplus étudiée; car la simplicité peut l’être, et dès lors elle devientmanière et cesse d’être modèle. Ce qui fait que la simplicité deFontenelle est maniérée (27 ), c’est que pour présenter sous uneforme plus simple, ou des idées fines, ou même des idéesgrandes , il tombe quelquefois dans l’écueil dangereux de lafamiliarité du style , qui contraste et qui tranche avec la délica-tesse ou la grandeur de sa pensée ; disparate d’autant plus son-