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sible, qu’elle parait affectée par l’auteur : au lieu que la familiaritéde La Motte , car il y descend aussi quelquefois , est plus sage,plus mesurée , plus assortie à son sujet, et plus au niveau deschoses dont il parle. Fontenelle fut supérieur par une élude deconnaissances, qu’il a eu l’art de faire servir à l’ornement deses écrits, qui rend sa philosophie plus intéressante , plus ins-tructive , plus digne d’être retenue et citée ; mais La Motte faitsentira son lecteur, que pour être aussi riche et aussi bon àciter que son ami, il ne lui a manqué , comme l’a dit Fontenellemême , que des yeux et de l’étude. L’un et l’autre avaient reçude la nature une flexibilité d’esprit qui les rendait propres àplusieurs genres d’écrire ; mais ils eurent ou l’imprudence ou lavanité secrète d’en essayer un trop grand nombre , et de sepersuader que l’esprit peut toujours remplacer le talent ou legénie ; ils affaiblirent leur réputation en voulant trop l’étendre ;mais Fontenelle a solidement assuré sa gloire par son immortelleHistoire de VAcadémie des Sciences, et surtout par ces éloges siintéressans, plein d’une raison si fine et si profonde , qui fontaimer et respecter les lettres , qui inspirent aux génies naissansla plus noble émulation, et qui feront passer le nom de l’auteurà la postérité avec celui de la compagnie célèbre dont il a été ledigne organe, et des grands hommes dont il s’est rendu l’égalen devenant leur panégyriste. Enfin Fontenelle et La Motte sonttous deux pour les jeunes auteurs des écrivains dangereux ; LaMotte par ses paradoxes , Fontenelle par les défauts séduisonsde son style ; mais tous deux doivent être placés avec distinc-tion entre les écrivains philosophes , par les vues toujours ingé-nieuses et quelquefois utiles qu’ils ont répandues sur les différonsobjets de la littérature. Ils ont été pour le bon goût ce queDescartes a été pour la philosophie ; comme Descartes ils onterre sur plusieurs points essentiels ; mais comme Descartes , ils.nous ont du moins appris à n’être point la dupe de l’autorité ,et à secouer le joug de cette superstition pusillanime , presqueaussi commune dans les lettres que dans la religion, et d’autantplus humiliante pour la raison humaine , que la supersti-tion religieuse n’attaque guère que les esprits faibles, et quela superstition littéraire a plus d’une fois séduit des hommeséclairés.
Pour achever le parallèle de ces deux hommes célèbres, il nesera pas inutile , après les avoir montrés dans leurs ouvrages ,ou dans la société de leurs semblables , de les peindre tels qu’ilsétaient dans la société commune, et surtout au milieu des deuxclasses de cette société , qui exigent le plus de inénageinens etde soins pour ne pas leur déplaire , la classe quelquefois rcdou-