Band 
Tome troisième.
Seite
140
JPEG-Download
 

>;o ÉLOGE

iable des grands, et la classe toujours épineuse des sols, siabondamment répandue dans toutes les autres (28). Fontenelleet La Motte, toujours mesurés , et par conséquent toujoursnobles avec les grands » toujours sur leurs gardes avec eux sansjamais le paraître , ne leur montrant d’esprit que ce qu’il enfallait pour leur plaire, et jamais pour gêner leur amour-propre,se sauvaient, comme dit Montaigne , de subir de leur part latyrannie ejfectuelle, par le soin qu’ils avaient de ne leur pointfaire éprouver la tyrannieparli'ere. Ils allaient cependant quel-quefois dans cette société , comme dans leur style , jusqu’à uneespèce de familiarité ; mais avec cette différence , que la fami-liarité de La Motte était plus réservée et plus respectueuse, etcelle de son ami plus aisée et plus libre , quoique toujours assezcirconspecte pour qu’on ne fût jamais tenté d’en abuser. Leurconduite avec les sots était encore plus raisonnée, plus sage, etd’autant plus attentive , qu’ils savaient trop bien que cette es-pece d’hommes, intérieurement et profondément jalouse del’éclat des talens qui les humilie, ne pardonne aux hommes su-périeurs qu’à proportion de l’indulgence qu’elle éprouve, et dusoin même qu’ils ont de lui cacher cette indulgence. Fontenelleet La Motte , lorsqu’ils se trouvaient dans des sociétés peu faitespour eux, n’avaient ni la distraction ni le dédain que la conver-sation pouvait mériter ; ils laissaient aux prétentions de la sottiseen tout genre la plus libre carrière, et la plus grande facilitéde se montrer avec confiance , sans lui faire jamais craindred’être réprimée, sans lui faire même soupçonner qu’ils la jugeas-sent. Mais Fontenelle , toujours peu pressé de parler, mêmeavec ses pareils, se contentait d’écouter ceux qui n’étaient pasdignes de l’entendre, et songeait seulement à leur montrer uneapparence d’approbation , qui les empêchât de prendre son si-lence pour du mépris ou de l’ennui; La Motte, plus complaisantencore , ou même plus philosophe , se souvenant de ce pro-verbe espagnol, _ qu’il n’y a point de sot de qui le sage nejntisse apprendre quelque chose, s’appliquait à chercher dansles hommes les plus dépourvus d’esprit, le côté favorable parlequel il pouvait les saisir , soit pour sa propre instruction , soitpour la consolation de leur vanité ; il les mettait sur ce qu’ilsavaient le mieux vu , sur ce qu’ils savaient le mieux , et leurprocurait sans affectation le plaisir d’étaler au dehors le peu debien qu’ils possédaient ; il en tirait le double avantage , et de nes’ennuyer jamais avec eux, et surtout de les rendre heureux ,au-delà de leurs espérances ; s’ils sortaient contens d’avec Fon-tenelle , ils sortaient enchantés d’avec La Motte , flattés que lepremier leur eût trouvé de l’esprit, mais ravis de s’en être