i4a NOTES SUR L’ÉLOGE
tissement. Mais ni cette réunion des deux théâtres, ni la musique, ni ladanse, ne purent sauver la pièce du naufrage.
(à) On dit que cet artiste, étant encore maître de musique delàcathédrale de Paris, dans le temps où il faisait cet opéra , s’endormitpendant les vêpres , et dans son sommeil rêva de VEurope galante ,dont il était fort occupé. Le sous-chantre étant venu lui annoncer ,suivant l’usage, le verset d’une antienne, il se réveilla en sursaut, etchanta l’air du quatrième acte : Vivir , vivir gran Sultana.
(4) Je demanderai grâce ici pour une observation purement gram-maticale ou orthographique, sur la manière dont j’ai écrit certainsmots dans cet éloge et dans plusieurs autres. J’écris au pluriel opéras,et non pas opéra, malgré la décision de l’Académie Française danssondictionnaire *, parce qu’il me semble qu’au pluriel la dernière syl-labe de ce mot est longue , et non pas brève comme au singulier. Jecrois, parla même raison, qu’on doit écrire au pluriel numéros , etnon pas numéro ; ce dernier mot, quoique tout latin , étant devenufrançais par l’usage. On voit dans la huitième réflexion de Despréauxsur Longin, qu’il n’était pas éloigné de penser qu’on dût écrire opérasau pluriel, ainsi que facturas et totons, quoique son antagonistePerrault luieûtreprochécette orthographe comme une faute grossière.
J’écris aussi chefs-d'œuvre au pluriel, et non pas chef-d’œuvresquoique l’Académie l’écrive de cette dernière manière, et qu’un denos meilleurs poètes ait dit chef-d’ œuvres immortels-, j’écrirais de mêmedes arcs-en-ciel au pluriel, et non pas, avec le dictionnaire de l’Aca-démie, des arc-en-ciels. Je ne sais si l’usage est aussi conforme qu’onle prétend à l’orthographe de l’Académie, mais il me semble que laraison autorise la mienne.
Je désirerais, pour rendre cette remarque plus utile, pouvoirjoindre ici la liste des mots composés qui doivent se déclineroune passe décliner au pluriel. Mais cette discussion exigerait trop de détails,d’autant qu’il est plusieurs de ces mots sur lesquels ni l’usage, ni l’A-cadémie n’ont encore rien décidé. Un seul peut-être, le porte-dieu,que l’usage a consacré, quelque singulier qu’il paraisse, est évidem-ment indéclinable ; car il serait ridicule d’écrire ou des portes-dieuou des porte-dieux. Je dirai donc seulement qu’il me paraîtrait rai-sonnable, i°. dans les mots composés de deux substantifs, commechefs-d’œuvre, arcs-en-ciel, hdtels-dieu, etc., de décliner le premiersubstantif seulement : n°. dans les mots composés d’un substantif etd’un adjectif, comme arcs-boutans, de décliner l’un et l’autre, ainsique l’usage l’a établi pour le mot gentils-hommes : 3°. dans ceux quisont composés d’un verbe et fl’un substantif, comme porte-mouchettes,de décliner le substantif : 4°- enfin dans ceux qui sont composésd’un adverbe et d’un substantif, comme hors-d'œuvre, de laisser lesubstantif indéclinable.
Je sais que sur quelques uns de ces points je m’écarte de l’illustrecompagnie, dont je dois, en qualité de secrétaire, faire connaître les
1 Cette décision sera réformée dans l’édition prochaine.