>44 NOTES SUR L’ÉLOGE
il y attachait assez peu de prix ; et on sait que le lendemain de lapremière représentation dêArmide , Louis XIY ayant demandé à unvieux seigneur, homme de goût , comme il s’en trouve tant à la cour,ce qu’il pensait des paroles : Sire, répondit noblement l’amateur,toujours la même ture-lure ; c’est ainsi que ce juge éclairé appréciait lesscènes admirables de cet opéra, et surtout l’acte de la Haine , un desplus beaux qui soient au théâtre lyrique.
Boursault assure dans ses lettres avoir oui dire à Despréaux qu’iln’avait jamais rien vu de plus beau dans le genre lyrique, que lesquatre vers suivans :
Doux ruisseaux, coulez sans violence;
Rossignols , arrêtez votre voix ;
Taisez-vous, zépbirs, faites silence ,
C’est Iris qui chante dans ces bois.
On ne peut pas douter un moment que Despréaux ne trouvât cesvers tels qu’ils sont, c’est-à-dire, détestables; ainsi cette plaisanterie( supposé que Boursaultne la lui ait pas prêtée pour le rendre ridicule)prouve seulement quelle idée ce grand poète avait du genre lyrique.Il eût mieux valu y réussir que de le mépriser.
Les chœurs d 'Esther et d 'Athalie prouveront aisément à tous ceuxqui se connaissent en vers, propres à la musique, que le plus grandpeut-être de nos poètes ignorait l’art de cette espèce de vers. Ce n’estpas que la poésie de ces chœurs, admirable à la lecture, n’ait beaucoupd’éclat et d’harmonie ; c’est au contraire qu’elle en a trop pour l’objetauquel elle est destinée. Nous serait-il permis d’en dire autant desbeaux vers de Samson et de Pandore, deux opéras du plus illustrepoète de nos jours? c’est du moins l’impression que nous a laisséela lecture de ces vers, plus faits , selon nous, pour être déclamés quepour être chantés.
Quelques personnes, si l’on en croit Racine le fils , prétendent queLully, chargé de mettre en musique l 'Idylle du grand Racine sur taPaix , trouva dans la force des vers une résistance que la poésie deQuinault ne lui avait pas fait éprouver ; Racine le fils ajoute cepen-dant, mais en cela il pourrait être le seul de son avis, que Lullyest aussi grand musicien dans cette idylle que dans ses opéras ; il con-vient seulement d’un endroit oh la chute musicale ne satisfait pasl’oreille ; et il avoue que ce n’était pas la faute du musicien , mais celledu poète, 'qui n’avait pas, dit-il, pour Lully la même attention queQuinault. Aussi, comme on vient de le voir dans le passage de Per-rault , ni le dédain de Despréaux et de Racine pour l’auteur d ’Àtys ,ni même le jugement de mesdames de Montespan et de Thianges, quenous avons rapporlédans l’éloge de Despréaux, n’en imposèrent à Lully,parce que tout intéressé qu’il était à sc rendre favorables les femmes etles beaux-esprits qui donnaient alors le ton, il s’intéressait de pré-férence à sa musique; il soutint toujours que les paroles de Quinaultétaient celles qui lui convenaient le mieux, et il revint à lui, mêmeaprès avoir mis en musique liellérophon , qui n’était pas de cet inimi-table poète lyrique, et qui était presque digne d’en être. On peut voir