DE I.A MOTTE. Dp
dans les œuvres de Fontenclle une lettre curieuse de ce philosophesur cet opéra de Bellérophon, dont il est l’auteur.
Avouons-le Cependant ; quelque cas qu’on doive faire de Quinault,quoiqu’il soit tout à la fois le créateur et le premier de son genre,quoiqu’il ait même fait quelquefois de très-beaux vers ,pleins de forceet d’harmonie, lorsque la musique en avait besoin pour etre plus fièreet plus expressive , on ne peut se refuser une réflexion qui doit servirà apprécier tout ensemble le mérite du genre et celui de l’auteur. Lagrande poésie veut des images , de l’énergie, une harmonie ferme etsoutenue, un faire mâle et prononcé, qu’on ne trouve que rarementdans Quinault. Aussi dira-t-on de lui avec justice, que c’est un poètecharmant, mais personne ne dira que c’est un grand poète, commeon le dira de Despréaux, de Corneille, de Racine, de Rousseau , deVoltaire. C’est à peu près ainsi que le maréchal de Villars disait dumaréchal d’Uxelles : J'ai toujours entendu dire que c’était une bonnecaboche ; mais personne n'a jamais osé dire que ce fût une bonne tête.
Mais en mettant Quinault si rigoureusement à sa place, oserions-nous tirer des principes que nous venons d’établir et des faits qui lesappuient, une conséquence singulière , que l’expérience n’est pas fortéloignée de confirmer ? C’est que la talent de la poésie lyrique, presqueborné à la douceur et à l’heureuse mollesse du style, est peut-êtredifficilement compatible avec Jetaient de la grande poésie ; sans douteentre ces deux talens il n’y a pas à balancer pour qui aurait le bon-heur d’avoir à choisir ; néanmoins celui du poète lyrique , quoiqued’un prix beaucoup moindre , demeure encore fort estimable.
(6) ta Motte fut reçu àlaplacede Thomas Gorneiilele 8 février iyio.Le discours qu’il prononça à sa réception est cité encore aujourd’huicomme un modèle en ce genre. L’écueil général do ces discours, cesont les lieux communs de remercîmens et d’éloges , dont le récipien-daire ne peut se dispenser. Cet écueil même était alors bien plus dan-gereux qu’aujourd’hui, parce que les nouveaux académiciens ontabrégé ou supprimé quelques uns de ces éloges , et qu’ils opt d’ailleurspour la plupart traité des sujets intéressans ; au lieu que nos anciensconfrères se bornaient presque uniquement à ces lieux commun.'.Heureux quand ils pouvaient les couvrir et les sauver par quelquetrait qui fût propre et personnel au récipiendaire. La Motte était dansce cas, et fort à plaindre même de s’y trouver. Il avait perdu la vuecomme Thomas Corneille à qui il succédait. H sut, dans son discours,tirer le plus heureux parti de cette malheureuse situation , pour in-téresser toute l’assemblée, et pour remercier ses confrères d’une ma-nière aussi fine que nouvelle. Après avoir apprécié avec beaucoupd’équité et de justesse le mérite de son prédécesseur : Fous l'avez vu,dit-il, fidèle à vos exercices jusque dans une extrême vieillesse, tout in-firme qu'il était, et déjà privé de la lumière.... Ce mot me fait sentirl état ou je suis réduit moi-même : ce que l'âge avait ravi à mon pré-décesseur , je l’ai perdu dès ma jeunesse.... Il faut l’avouer cependant,cette privation dont je me plains, ne sera plus pour moi un prétexted ignorance. Fous m’avez rendu la vue, messieurs, vous m'avez ouvertg
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