)46 NOTES SUR L’ÉLOGE
tous les livres en m associant à votre compagnie... Jit puisque je puisvous entendre ,je n’envie plus le bonheur de ceux qui peuvent lire.
(7) Sans avoir connu ce poète , on demeurera persuadé de ce quenous avons dit de sa personne, si on a la patience de lire l’ennuyeuxrecueil de ses lettres , publié après sa mort par des amis peu jalouxde l’honneur de sa mémoire, ou peu éclairés sur ce qui pouvaitl’obs-cureir. Il est peut-être le seul écrivain qui, en parlant de scs mal-heurs , n’ait pu réussir à se faire plaindre. Son caractère, qui perce àchaque ligne, repousse l’intérêt que semble appeler sa situation. Fauxet rampant avec ceux dont il croit avoir besoin, il s’exprime sur tousles autres avec la causticité la plus amère, et souvent avec la pluscriante injustice. Il dénigre le Glorieux et Zaïre , et comble d’élogesde misérables rimailleurs qui l’encensaient.
Mais tous ces jugemens, dictés par la passion, n’empêchent pasqu’on n’ait été injuste, lorsqu’il se présenta pour l’Académie avecLa Motte, en ne reconnaissant pas la prééminence de ses titres surceux de son rival. On serait encore plus injuste aujourd'hui de ne luipas donner sur le Parnasse français le rang très-distingué qu’il mérite,à condition pourtant de ne pas pousser le zèle pour sa gloire jusqu’àpartager avec certains grands aristarques le ridicule de le préférer àVoltaire, qui du moins égal à Rousseau pour l’harmonie et les images,lui est si supérieur par la sensibilité, la philosophie, le goût, l’espritet les grâces. Il est vrai que Rousseau mort quarante ans avant l’au-teur de Zaïre , a réclamé long-temps en sa faveur un grand avantage,celui que l’envie et la sottise aiment tant à donner aux morts sur lesvivans.
On peut distinguer dans Rousseau deux poètes très-différens , celuiqui a écrit en France , et celui qui a écrit en Suisse et en Allemagne,et qu’on 11e croirait pas le même : tant il est au-dessous du premier.Il semble que ce malheureux écrivain ait été proscrit sur le Parnasseen même temps que dans sa patrie. A peine l’eut-il quittée , que privéd’objets d’émulation, d’amis sévères, etsurtout de la censure vigilanteet utile de ses ennemis , ses vers devinrent durs, ses images forcéesou incohérentes, sa diction ignoble et tudesque. Ses ouvrages germa-niques , si l’on en excepte un très-petit nombre, déshonorent ses an.ciennes productions. A l’égard de ces dernières, elles sont certainementd’un grand poète; mais on y trouve plus de correction que de grâce,plus d’harmonie que de pensées, plus d’énergie que de sentiment ;elles sont le contraire de celles de La Motte, c’est-à-dire, fortes destyle et faibles de choses. Ses cantates sont pleines de grande poésie ,et, par cette raison même, peu propres à la musique >. Ses comédies,les unes froides, les autres grossières, n’ont eu aucun succès. L’odeet l’épigramme, tant satirique qu’ordurière , deux genres bien éloignésl’un de l’autre et bien disparates , sont ceux où il a le mieux réussi, àpeu près comme cet acteur qui brillait à la fois dans les rôles de roiet dans ceux de paysan. Et voilà l’auteur que la basse littérature denos jours 11e rougit pas de mettre au-dessus de la Henriade, de vingt
yoyei la note 3 .