i.jS NOTES SUR L’ÉLOGE
Dans ri ns tant où Cléopâtre prend la coupe empoisonnée et la boit,Baron se tournait avec frémissement vers Rodogune , comme ne dou-tant presque plus que sa maîtresse ne fût coupable de la mort de Sé-leucus.
(ro) Lorsque La Motte donna cette tragédie , il ne garda point l’a-nonyme comme il avait fait pour les Macchabées ; il était devenu plusaguerri, et osa se montrer à découvert à la haine , qui n’en fut pas plusheureuse dans ses attaques.
A la première représentation de Rnmulus , les comédiens hasardè-rent une nouveauté. Jusqu’alors on ne jouait point de petites piècesaprès les tragédies nouvelles. On attendait que l’affluence des specta-teurs commençât à diminuer, pour les Rappeler à la neuvième oudixième' représentation, par une comédie qu’on joignait à la grandepièce. Aucun auteur n’avait osé s’écarter de cet usage, craignantde montrer sur son succès une défiance qui n’eût été souvent que tropbien fondée. La Motte pensa au contraire qu’attendre ainsi quelquesreprésentations pour étayer l’ouvrage nouveau, c’était annoncer aupublic que cet ouvrage commençait à tomber. Pour éviter cet incon-vénient , il lit jouer une petite pièce après sa tragédie, dès le premierjour, et depuis ce temps son exemple a toujours été suivi.
Mademoiselle Le Couvreur pria La Motte de lui donner dans Ro-mulus le rôle de Sabine, qui n’était qu’un rôle de confidente. Elleespérait, en se trouvant sur la scène avec mademoiselle Duclos, quiétait chargée du premier rôle, effacer entièrement sa rivale , quoiquedans un rôle froid et subalterne. Mademoiselle Duclos sentit le motifde cette demande, et pria La Motte de ne pas l’accorder. Notre aca-démicien préférait mademoiselle Duclos à mademoiselle Le Couvreur,quoique cette dernière eût beaucoup plus d’intelligence et de linesse.11 trouvait plus d 'âme à la première, et par cette raison lui donnaencore le rôle d’Inès, dont elle s’acquitta avec le plus grand succès.
(n) On dit que La Motte fit d’abord absolument d’imagination leplan (fines de Castro , et qu’ensuitc il pria ses amis de lui trouverdans l’histoire un événement auquel cette tragédie pût s’appliquer.Us ne trouvèrent que celui d’Inès, qui a fourni, comme l’on sait, auCamoens un des plus beaux morceaux de sa Lusiade.
On ajoute que l’auteur d'Inès fut redevable de la scène des deuxenfans à un célèbre avocat nommé Fourcroi. Cet avocat plaidantpour un jeune homme qui s’était marié sans le consentement de sonpère, cl se voyant prêt à perdre sa cause, fit approcher de lui, enfinissant son plaidoyer, deux enfans nés de ce mariage. Il les présentaau vieillard qui plaidait contre son fils, et qui, attendri jusqu’auxlarmes par ce spectacle, déclara sur-le-champ aux juges qu’il les re-connaissait pour ses enfans. La Motte, instruit de l’effet que produisitsur toute rassemblée cette scène touchante, espéra que la même situa-tion mise au théâtre y exciterait encore plus d’intérêt. Cependant, à lapremière représentation , le succès de la scène fut douteux un mo-ment. Le parterre , peu accoutumé à voir de petits enfans dans une