DE LA MOTTE.
Odes, puis Iliade, et par son au déjà
Le feu du chantre grec n’est plus qu’une étincelle;
J1 eût plu quand vivait père Emmanuel Sa;
Mais aujourd’hui son vin n’est que jus de prunelle.
Et quels honneurs sont dns aux fables qu’il nous offre?Près La Fontaine , Homlart n’est bon qu’à mettre au coffre,Sombre planète auprès de lune et de son plein;
Enfin a-t-il passé l'auteur de la Pucelle?
Hé, comment en porter au jugement soudain!
Entre de tels rivaux Phœbns même chancèle.
(12IN0US n’avons dit qu’un mot de ces comédies, qui sont au nombrede six, et qu’il donna , tantôt seul, tantôt en société avec d’autresauteurs. Toutes ces pièces réussirent dans leur temps, et quelquesunes sont restées au théâtre ; entre autres le Port de mer , qu’il a faitavec Boindin , et le Magnifique , dont il prit le sujet dans le conte siconnu de La Fontaine. Cette dernière pièce , dont le rôle était jouésupérieurement par Dufresne , eut beaucoup de succès ; et quoiqueprivé de cet acteur, elle se joue encore assez fréquemment, parcequ’elle est écrite avec esprit et avec finesse. M. Scdaine a fait du memesujet un opéra-comique , où la scène du Mnguiüque et de sa maîtresse,déjà très-agréable dans la pièce de La Motte , est rendue bien plusintéressante par la scène muette et charmante de la Rose , que LaMotte aurait enviée à l’inventeur.
Toutes les comédies de La Motte étaient en prose. Avec sa manièrede penser sur les vers et sur leur usage déplacé , selon lui , dans latragéilie même , il n’avait garde de ne pas suivre l’exemple que Mo-lière lui avait donné , en osant écrire en prose un grand nombre descs pièces. Plusieurs des successeurs de ce grand homme l’avaientimité sur ce point avec succès ; et la comédie , bien loin d’y perdre ,y avait gagné une in Unité de bons ouvrages.
(i3) Quelqu’un l’a dit, et peut-être avec raison: ce n’étaient pasdes dissertations subtilement et froidement raisonnées que La MotteRêvait faire pour appuyer l’opinion qu’il avait tant à cœur d’établir;c’était une tragédie en prose qui forçât le succès par l’intérêt du sujet,par une suite bien amenée de situations touchantes , et par un styleplein d’énergie et de chaleur. S’il avait pu risquer cette nouveauté surun sujet de tragédie , c’était sur celui (l'Inès ; de sévères critiques ontmême prétendu qu’il ne s’en fallait guère que cette dernière pièce11e lût en prose, et de bons ou mauvais plaisans ajoutaient, dansle temps du plus grand succès de cette pièce , que l'auteur avaitfiait comme le Bourgeois gentilhomme , de la prose sans le savoir. Onprétend que La Motte ayant dit à Voltaire, alors très-jeune , et auteurdu seul (Edipe qui soit resté au théâtre , que ce sujet d’Œdipe étaitlovt tragique, et qu’il voulait essayer de le traiter en prose : Faitescela , lui dit ce grand poète , et moi , je mettrai Inès en vers . Plus ccsci itiques paraîtront fondées , plus elles prouveront que ce ne sontpas les vers qui ont fait le succès d’Inès ; et plus il sera permis d’enconclure que l’ouvrage aurait peut-être produit son effet sans 1111 sii<uble soutien.