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Tome troisième.
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152 NOTES SUR L’ÉLOGE

Il s’en faut bien pourtant que je veuille me rendre le défenseurdes tragédies en prose , encore moins les préférer aux tragédies envois. Qui pourrait balancer un mouvement entre la belle versifica-tion d 'Iphigénie ou de Zaïre, et la prose même la plus éloquente ?Mais je ne puis m’empêcher de remarquer , au sujet de plusieurstragédies écrites en vers, l’inconséquence du public dans ses juge-mens et dans ses goûts. On convient qa’Inès, malgré son succèstrès-mérité, est pour le moins très-faiblement écrite en vers; plusieursautres tragédies, écrites encore plus mal, n’en ont pas été moinsapplaudies , et sont même restées au théâtre. La conséquence natu-relle serait de conclure que ces tragédies, beaucoup mieux écrites,mais en prose, auraient dû , à plus forte raison , obtenir les suffragesdu public ; mais cette conséquence pourrait bien être précipitée ; ilétait très-possible que les mêmes spectateurs qui, attachés par l’in-térêt du sujet, avaient pardonné aux vers d 'Inès, eussent sifflé lamême pièce en prose, quoiqu’écrite avec beaucoup plus de vigueur etd’éloquence. Celui qui va entendre une tragédie , s’attend que l’auteurfera parler à ses héros le langage convenu , c’est-à-dire , celui desvers. Si la pièce est touchante et bien conduite , la mauvaise versifi-cation affecte peu le spectateur et ne nuit guère à l’impression qu’ilreçoit ; mais si, dès la première scène , il entend les personnagesparler en prose , le voilà d’abord dérouté de son plaisir ordinaire ,cette innovation le frappe nécessairement, et peut même le frapperau point d’anéantir l’effet et l’intérêt de l’action. C’est pourquoi ceque nous disons ici sur la faveur que semble promettre aux tra-gédies en prose l’indulgence des spectateurs pour les mauvais versde tant de tragédies anciennes et modernes , n’est tout au plus qu’uneconséquence plausible , et nullement une conséquence démontrée.

A ces réflexions nous en joindrons quelques unes sur la peine queLa Motte a prise de mettre en prose la première scène de Mithridale ,sans y faire presque d’autre changement que celui de rompre lamesure des vers. Il était surpris que cette scène , décomposée de lasorte, ne produisît plus le même effet sur le commun des spectateurs vquoiqu’elle n’eût, disait-il, rien perdu réellement ; et il en concluaitque le plaisir que nous donnent les vers , est un plaisir de préjugéet d’habitude. C’est à peu près , et nous avons déjà fait cette remar-que , comme si l’on mettait én simple récitatif, sans mesure et sansaccompagnement, un bel air de Pergolèse ou de Piccini, que mêmeon supprimât quelques passages de modulation pour mieux dépayserl’oreille, et qu’ensuite on fût tout étonné du peu de plaisir que l’audi-teur recevrait de cette musique bouleversée et disloquée , si mêmeelle méritait encore le nom de musique.

On nons taisait, Arbate, un iidèle rapport;

Home en elï’et triomphe, et Milhridate est mort.

Les Romains, vers l’Euphrate, ont attaqué mon père,

Et trompé, dans la unit, sa prudence ordinaire.

Voilà des vers harmonieux.

Arbate , on nous faisait un rapport fidèle ; Home triomphe en ÿfet ,