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Tome troisième.
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'54 NOTES SUR L’ÉLOGE

été mis en question, c’est de savoir où commencent et où finissent leslimites de cet espace libre que la nature laisse au poëte , pour êtretantôt plus près, tantôt plus loin d’elle, sans néanmoins s’en éloignera une distance ridicule , ou s’en rapprocher d’une manière trop ré-voltante ; jusqu’à quel point les pièces de théâtre doivent et peuventporter l’illusion qu’elles produisent?quelles sont les bornes, les degréset les nuances de cette illusion ? si, par exemple , la comédie , quiest la représentation de la vie ordinaire , n’exige pas une illusionplus forte que la tragédie , dont les héros sont presque toujourshors de la sphère et de la condition commune ? si, d’un autre côté ,en faisant parler en prose les héros de la tragédie , mais avec la no-blesse et la décence qui conviennent au théâtre , on se trouveraittrop près de cette nature dont il faut éviter, dans la tragédie , l’imagetrop ressemblante ? s’il ne resterait pas encore au spectateur assez demoyens de reconnaître visiblement l’illusion théâtrale , et de se rap-peler à chaque instant qu’il n’assiste qu’à une représentation ?

Si jamais les tragédies en prose font quelque fortune parmi nous ,ce ne pourra être , ce me semble , que par deux moyens. Il faudraitd’abord essayer la prose dans un sujet fort tragique , mais dont lespersonnages seraient des hommes du commun , tels , par exemple ,que le Marchand de Londres, une des pièces les plus intéressantes,et en même temps les plus morales qu’on puisse mettre sur le théâtre.Les spectateurs accoutumés peu à peu à voir des bourgeois mouransparler en prose, se trouveraient peut-être insensiblement préparés à en-tendre des princes parler le langage commun ; et le tragique bourgeoisservirait de passe port à la prose pour s’élever jusqu’au tragique hé-roïque. Mais afin de dépayser le spectateur sur cette nouveauté , non-seulement il serait nécessaire que le sujet fût très-intéressant ; ilfaudrait qu’il n’y eût pas dans l’action un seul moment vide d’intérêt,et que le spectateur, toujours ému, toujours attendri, n’eût pasle temps de s’apercevoir si les personnages parlent en vers ou enprose. Car il ne faut pas s’y tromper , et sur ce point La Mottea'vait raison; si l’obligation d’écrire en vers donne des entraves aupoëte , souvent elle le dispense aussi d’être fort difficile sur ce qu’ilfait dire à ses personnages ; ce qui en prose serait trouvé froid etcommun dans leur bouche , est relevé par la cadence et l’harmoniede la versification. Ainsi les auteurs tragiques, débarrassés , d’uncôté , de la contrainte d’écrjre en vers , sentiraient de l’autre la né-cessité de substituer un nouveau plaisir à celui de l’harmonie poé-tique , de mettre plus d’action dans leurs pièces, plus de chaleuret de vérité dans le dialogue. Toutes ces tirades, souvent déplacées ,dont le principal mérite est d’être en vers , ne feraient plus oublierle personnage pour montrer l’auteur, et disparaîtraient sans retour.Je ne sais si cet intérêt vif et soutenu, cette action chaude et ra-pide , cette vérité continue , si rare dans nos ouvrages dramatiques ,pourraient tenir lieu aux tragédies de ce qu’elles perdraient par ledéfaut de versification. Mais , encore une fois, le succès seul peutjustifier ce nouveau genre : on aura beau soutenir dans de longuespréfaces qu’il en résulterait pour nous une source nouvelle de plaisirs,