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Tome troisième.
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DE LA MOTTE. ' >55

le public est eu droit de répondre : Je ri en sais rien jusqu a ce quej’aie vu. Il se peut que la superstition littéraire et le préjugé aienttrop resserré les limites des beaux-arts ; mais ce ne n’est pas nonplus par des dissertations qu’on pourra étendre ces limites. Vousdemandez si tel genre nouveau, telle innovation dans un genre connu,auraient le bonheur de réussir ? Tentez-les , et réussissez, cest laseule manière d’avoir raison. Il en est des poètes comme des com-merçans , il faut les laisser faire ; nul inconvénient à cette liberté ;chaque chose sera mise à sa vraie valeur ; l’industrie sera encou-ragée , la licence bientôt reconnue et punie par elle-même : maisaussi on est en droit de dire à nos beaux esprits dissertateurs, lamême chose qu’à tant d’écrivains patriotes : parlez moins de population,et peuplez. C’est bien pis quand on parle de population et qu’on neproduit que des enfans difformes : La Motte nous a donné de fortbeaux discours sur l’ode , sur le poème épique , et sur la fable ; il aprouvé par les meilleures raisons du monde , qu’on pouvait faire unpoëme meilleur que l 'Iliade , de belles odes après Horace et Pindare ,et d’excellentes fables après La Fontaine; il ne lui a manqué, pourle prouver efficacement, que de faire une meilleure Iliade , de meil-leures fables et de meilleures odes.-

On peut s’étonner que l’apologiste des tragédies en prose n’ait pashasardé un autre paradoxe qu’il pouvait appuyer par des raisons enapparence assez plausibles ; c’était celui d’écrire les opéras , non pasabsolument en prose, mais en vers sans rimes. En effet, comme nousl’avons dit ailleurs , autant la cadence et la mesure sont nécessairesaux vers faits pour être chantés, autant la rime l’est peu ; la lenteurdu chant l’empêche presque toujours d’être sensible, et par conséquentdétruit le plaisir qui en résulte. On ne peut faire à ce raisonnementqu’une seule réponse; c’est que des vers destinés à être chantés, doiventencore être assez bons pour être simplement récités , et qu’ils ne se-raient plus propres qu’au chant si l’on bannissait la rime. Mais cetteraison , excellente pour un poète , et même pour nous , qui n’avonspas l’honneur de l’être , aurait été faible pour La Motte, qui par unesuite de ses hérésies anti-poétiques , regardait la rime dans les versfrançais , comme un ornement de convention , et presque une inven-tion barbare. Pourquoi donc cet académicien, après avoir cherché àtroubler la tragédie dans la possession où elle est d’être en vers, y a-t-illaissé l’opéra ? nous en avons dit la raison dans son éloge. Il réussissaitmieux dans ce dernier genre de poésie que dans aucun autre, c’étaitmême le seul pour lequel il eût un vrai talent ': et apparemment il s’ysentait borné par la nature, quoiqu’il n’eût garde d’en convenir. Il étaitdonc bien éloigné de vouloir proscrire un genre d’où il tirait la partie laplus réelle et la moius contestée de sa gloire. Au contraire , il y avaitpour lui tout à gagner que l’on fît des tragédies en prose; aussi n’ou-blia-t-il rien pour le persuader à ses confrères les auteurs dramatiques.

(>4) La Motte essaya de mettre VtUdipe en prose , parce que cesujet lui paraissait le plus touchant que la scène tragique pût jamaisolirir, et par conséquent le plus favorable pour faire oublier aux