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Tome troisième.
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i56 NOTES SUR L’ÉLOGE

spectateurs le plaisir dont il voulait les priver, de n’entendre plusles héros de la tragédie déplorer eu beaux vers leurs infortunes. Onconvient que La Motte ne pouvait choisir un sujet trop intéressant,pour hasarder , à l’abri du mérite du fond , une si dangereuse nou-veauté dans la forme ; on doit même reconnaître que le sujet d '(Edipea paru à toute l’antiquité le triomphe de l’intérêt dramatique ; maisla différence des nations , des circonstances, des religions , et des idéesphilosophiques sur la fatalité, rendent ce sujet à'(Edipe beaucoupmoins touchant pour des spectateurs modernes. Quelle différencepour nous entre l’intérêt d’Œdipe et celui d’Inès de Castro , de Ma-homet , de Zaïre? D’ailleurs, l’action à’(Edipe est si courte par lanature même du sujet, qu’elle est bien éloignée de pouvoir donnermatière à cinq actes ; à peine en fournit-elle deux au génie de l’écri-vain et à la sensibilité du spectateur : aussi tous les modernes qui ontentrepris des tragédies d '(Edipe, y ont fait entrer des épisodes plus oumoins heureusement imaginés, mais qui, de l’aveu des auteurs même,ralentissent et refroidissent nécessairement la marche de la pièce. Cor-neille ason Thésée , Voltaire son Philoctète, La Motte son Etéocle, etc.Sophocle seul n’a point d’épisode , et sa pièce n’en est que meilleure ;mais les cinq actes de sa tragédie..n’en valent pas deux d’une tra-gédie moderne. Peut-être a-t-on fait une règle des cinq actes, sanstrop savoir pourquoi, et sans faire réflexion que le chœur, toujoursprésent sur les théâtres anciens , réduisait proprement la pièce à unseul acte. Malgré la décision d’Horace , l’homme de l’antiquité quiaurait dû le moins être esclave de ce préjugé , on a risqué des tra-gédies en trpis actes , et elles ont réussi ; Métastase n’en a même quede cette espèce. On demande si l’on pourrait risquer des tragédiesen un acte ? pourquoi non , si l’on a un sujet intéressant qui nefournisse que deux ou trois scènes ? Dira-t-on qu’il faut plus d’apprêtet de temps pour nous faire pleurer que pour nous faire rire? Mais11 ’avons-nous pas des romans très-intéressans et très-courts , témoinle Comte de Comminges, la Comtesse de Tende, etc. ? Il faut du temps,dit-on, pour le développement de l’action? oui, quand l’action estcompliquée ; mais quand elle est simple, pourquoi tout ce froid écha-faudage ? Dans la pièce du théâtre italien qui a pour titre : la Vie estun songe, le lils de Sigismond ouvre la scène , enchaîné dans saprison, et demandant au ciel la liberté dont toutes les autres créa-tures jouissent en naissant. V a-t-il d’exposition et de développementpréférable à ce tableau ? Sachez émouvoir le spectateur dès la levée dela toile, entretenez cette émotion pendant un acte, et ne craignez pointqu’il vous reproche de n’avoir pas employé quelques scènes à le re-froidir , et trois ou cinq actes à l’ennuyer.

V(Edipe de La Motte en vers ou plutôt en rimes , comme l’a qua-lifié Voltaire , n’est pas plus lu aujourd’hui que son malheureux(Edipe en prose. On trouve néanmoins dans cet (Edipe en rimes ,deux vers dignes d’être cités et retenus. L’impitoyable grand-prêtre ,toujours prêt à justifier scs dieux, surtout quand ils ont tort, demandeà Œdipe pourquoi, après les prédictions qui lui ont été faites ,i[u il tuerait son père et épouserait sa mère , il a risqué de combattre