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Tome troisième.
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DE LA MOTTE. 1S7

Un inconnu, et d'épouser une princesse qu’il ne connaissait pas davan-tage ; OEdipc lui répond :

Je trouvai du plaisir h braver le malheur,

Et le crime parut impossible à mon coeur.

Ces deux vers sont un peu plus heureux que le trait singulierd’un autre Œdipe , où le héros de la pièce , se plaignant de l’injusticebarbare des dieux qui l’ont précipité dans le crime , le grand-prêtrelui répond avec l’atistère gravité d’un ministre des autels : Vousn avez aucun reproche à faire aux dieux ; ils vous avaient prédit quevous tueriez votre père, il ne fallait tuer personne5 ils vous avaientprédit que vous épouseriez votre mère , il ne fallait pas vous marier.

Mais ce qui est vraiment touchant, vraiment admirable , cest cetendroit de l 'Œdipe de Sophocle , où le malheureux prince revenantsurle théâtre les yeux crevés , profondément pénétré de ses prétenduscrimes et de ses malheurs trop réels , s’écrie en s’adressant a ses en-fans : Approchez , malheureux . embrassez votre .Il n’ose pro-

férer ni le mot d'en fans , ni celui de père. Trait sublime qu’on netrouve dans aucun des Œdipes modernes ; il est vrai qu’il ne faut pasen blâmer nos poètes ; il faut les en plaindre. Pour offrir aux specta-teurs cette situation déchirante, il faudrait qa'Œdipe revînt sur lethéâtre les yeux crevés et couverts d’un bandeau ; et quel sujet d’hor-reur pour les premières loges , et de plaisanteries pour le parterre ?Il me semble voir à ce spectacle toutes les femmes détourner les yeux,et le reste crier : Collin-maillard. Rendons grâces à notre exquise dé-licatesse , de nous priver d’une des plus éloquentes expressions detendresse et de douleur qu’on puisse jamais entendre au théâtre.

Cet ingrat sujet d'Œdipe , si peu fait pour la tragédie moderne , atenté bien d’autres poètes que Corneille , Voltaire et La Motte, et lesa d’autant plus tentés , qu’ils eu étaient plus incapables. Un M. deLa Tournelle , commissaire des guerres , a fait lui seul jusqu’à douzeŒdipe '. La préface, adressée au savant Boivin, est pleine d’une nobleconliancc.

(i 5 ) Quelque hérétique que fût La Motte dans ses assertions contrela poésie, il n’en est pas moins vrai que tout ce qu’on a écrit pourle réfuter , était en pure perte contre les novateurs , car il y a , surl’harmonie des vers comme sur la musique , des incrédules froidementdécidés , des espèces d'athées d’autant plus difficiles à convertir, quele raisonnement ne peut rien sur leurs organes endurcis. Peut-êtrenéanmoins est-il un remède , mais un seul remède à tenter pourleur guérison ; c’est de les renvoyer , sans autre discussion , à la lec-ture de Racine ; si cette recette 11e leur réussit pas, il faut les regardercomme incurables.

La Motte aurait peut-être bien plus scandaleusement blasphéméles vers , s’il eût pu lire ce qu’écrivait à un de ses amis le célèbrePope , un des plus illustres poètes modernes. Vous serez surpris , luidisait-il, de ce que je compte pour rien ma traduction de /'Odyssée.Mais toutes les fois que je me livre à quelque méditation sérieuse ,

’ f oye- le Mercure d’octobre 173t.