DE LA MOTTE. 161
demande les plus belles expressions : on y pardonnerait plutôt un. mau-vais sens qu'un mot bas. C’est ce que n’entend pas 31. de La Moite, quinous vient faire des satires en odes, et qui emploie les mots de quatrainet de strophes. J 1 avais un beau champ à mettre ces mots dans ma Poé-tique, qui est un ouvrage de préceptes ; je les ai pourtant évités, quoi-quà la rigueur on fie dut pas m’en faire un crime. M. de La Motteemploie encore des rimes de bouts-rimés , comme celle de syrmx et desphinx ,- d’ailleurs il affecte souvent de parler à la manière des oracles ,pour ne point se rendre trop commun par un langage clair et intelligible.
On ne .peut que souscrire à ce jugement, si ce n’est peut-être surl’obscurité du style de La Motte; ses vers peuvent n’être pas meil-leurs que ceux des oracles, mais ils sont plus clairs.
(17) On sait par coeur les fables de La Fontaine ; on 11’en sait aucunede La Motte ; dès lors les deux poètes sont jugés. Le moderne fabulistesemble avoir évité de prendre l’ancien pour modèle,et mal heureusement11’a que trop bien réussi à s’en ccartcr. Avouons pourtant que danscette carrière où La Motte suit La Foutainede si loin , il sc montrequelquefois digne d’y paraître. Quelques unes de ses fables mériteraientl’honneur d’être citées après La Fontaine, si, pour leur malheur, ellesne se trouvaient perdues dans un trop grand nombre d’autres qui neméritent que la grâce d’être ignorées. Parmi ces fables très-estimablesde notre académicien, nous citerons surtout celle de l 'Ane, qui com-mence par ces mots : Sous quelle étoile suis-je né? A ou s pourrions yajouter celles de la Pie, du Perroquet , du Fromage, des deux Pi-geons, des Amis trop d'accord , des Grillons, des Moineaux, du Con-quérant et de la pauvre Femme, etc. 11 serait à souhaiter qu’un hommede goût, appréciateur et réviseur éclairé de toutes les fables de LaMotte, fît le triage de celles qui n’auraient besoin, pour être d’excel-lens ouvrages, que de changemens légers; il ne faudrait pour cela queretrancher quelques longueurs, surtout dans les prologues , que sup-primer ou changer quelques vers peu naturels ou de mauvais goût.On serait peut-être étonné du peu de travail qu’exigerait cette ré-forme , et on le serait encore davantage de trouver un assez grandnombre de fables qui en vaudraient la peine. Ce 11c seraient pas en-core les fables de La Fontaine, après cette correction, il s’eu faudraitbeaucoup; mais ce seraient des fables pleines d’esprit et de philoso-phie , et qui feraient oublier presque toutes celles dont les auteursont parlé de La Motte avec un mépris si injuste.
Les fables de La Motte furent critiquées grossièrement dans plusieursbrochures, avec esprit dans quelques unes, et surtout dans une co-médie de Fusclier, intitulée Momus fabuliste. Elle eut trente repré-sentations dans sa nouveauté ; mais à sa remise , eu 174a , elle en euttres-peu, et n’a point été jouée depuis; Là-propos 11’y était plus , et lamalignité publique ne trouvait point de victime vivante à immoler.Cette comédie est à scènes épisodiques et semées de fables, qui, alorstres-applaudics, sont aujourd'hui bien plus oubliées que les faillesdont Momus faisait la critique. D’ailleurs ces sortes de pièces, sansaction et sans mouvement, oh un acleur récite, les unes après les