iG-4 NOTES SUR L’ÉLOGE
On ne citerait pas , à beaucoup près, autant de vers des odes deLa Motte ; cependant Voltaire, dans ses Questions sur tEncyclopédie ,au mot critique , a rapporté quelques stances de ses odes ; mais ce sontplutôt des vers pensés que des vers d’images , tels qu’une ode doit enoffrir.
La malheureuse Iliade de notre académicien est la seule de ses pro-ductions dont on ne cite aucun vers, et qui paraît le plus condamnéeà l’oubli. Concluons que son Iliade est au-dessous de ses odes, sesodes au-dessous de ses fables, ses fables au-dessous de ses bons opéras,dont on sait des scènes entières.
(18) Le talent de bien écrire en prose est un mérite que presqueaucun poète n’avait auparavant La Motte, et qu’il aurait encore depréférence à tous les poètes , si Voltaire ne lui avait enlevé cet avan-tage. La charmante réponse de notre académicien à madame Dacier,Réflexions sur la critique , et les préfaces qu’il a mises if la tète de sesouvrages, sont des chefs-d’œuvre d’élégance. Nous avons déjà parléde son discours de réception à l’Académie. Tous ceux qu’il y lit depuisen différentes occasions , eurent le même succès ; maisle plusapplaudifut l’éloge de Louis XIV, que notre académicien prononça dans uneséance publique de cette compagnie après la mort du prince. C’est laseule des oraisons funèbres de ce roi qu’on n’ait pas encore tout-à-faitoubliée, quoique toutes les chaires du royaume aient retenti de cesoraisons, jet qu’on ait prodigué au tombeau du monarque le mêmeencens dont on avait enivré sa personne.
(19) Grâce à ce talent singulier de La Motte , tous les ouvrages qu’ila récités à l’Académie , son Iliade même, et surtout ses fables, si cri-tiquées depuis , eurent le plus grand succès dans les sociétés oii il leslut, cl même dans les séances publiques de l’Académie. Ses ennemislui appliquèrent alors cette épigramme de Gombaukl contre Saint—Arnaud , qui lisait apparemment ses mauvais vers avec le prestige sé-duisant dont La Motte parait la médiocrité des siens :
Tes vers sont beaux quand tu les dis ;
Mais ce n’est vieil quand je les lis :
Tu ne peux pas toujours en dire ,
L’ais-cn donc que je puisse tire.
Peut-être même, et indépendamment de la faiblesse des vers de LaMolle, le succès brillant qu’il obtint dans ses lectures académiquesnuisit à celui de l’impression ; la partie très-nombreuse du public quin’a pas assisté à une lecture, et qui fait ensuite cette lecture paisible-ment, est ravie de pouvoir dénigrer ce que les auditeurs ont .applaudi ;l’ouvrage doit avoir, si l’on peut parler ainsi, un mérite bien robuste ,pour conserver , par ce second jugement, les honneurs qu’on lui avaitd’abord accordés. Ce serait donc un conseil très-sage à donnera tousles gens de lettres, de ne jamais faire imprimer leurs productions dansle moment du succès d’une lecture publique, c’est-à-dire, dans le mo-ment où t’envie est bien préparée à l’examen, cl bien résolue de seroidir contre l’approbation; il faut attendre, pour risquer au grand