iGG NOTES SUR L’ÉLOGE
pas efficace par elle-même , mais à laquelle il a prévu que L’homme nerésisterait pas, attendu la disposition favorable où il se trouveraitpour la recevoir. Voilà ce que toute l’école des Jésuites a soutenu etopposé à la grâce efficace des thomistes, qu’ils accusent de ressemblerà la grâce nécessitante de Calvin ; et voilà sur quoi Newton a mieuxaimé prendre un parti, que d’abandonner également et Calvin, etMolina, et les thomistes.
La Motte a donné des preuves non équivoques de ses talens théolo-giques, en composant jusqu’à des màndemens d’évêques, assez atta-chés à la doctrine qu’ils prêchaient, pour vouloir que ces màndemenseussent des lecteurs. Mais en même temps d’autres prélats, qui appa-remment ne tiraient pas de lui les mêmes secours, l’accusaient de nepas croire à cette religion, dont leurs cônfrères lui remettaient enmain la défense. On a cependant imprimé parmi les œuyres de ce pré-tendu incrédule , un plan de preuves de la religion. Ce plan , a dit ungrand juge en ces matières , est le plus bel ordre de bataille qu’on aitjamais dressé contre les ennemis de la foi, et le plus propre à forcerdans ses orgueilleux retranchement Vincrédulité opiniâtre, qui sembledevenir de jour en jour plus entreprenante et plus intrépide. Il est vraique dans cet écrit la religion est considérée en grand, dégagée de su-perstition et de minuties, telle enfin que La Motte l’avait toujoursconçue depuis que la Trappe l’avait rendu aux lettres, à la raison età la société.
Il était très-élolgné de se parer de ses productions religieuses ; car ilgarda constamment le secret aux prélats dont il tenait la plume.
Il 'avoua pourtant à un ami qu’il avait fait le mandement du car-dinal de Tenciu, pour la convocation du concile d’Embrun, et le dis-cours du même prélat à l’ouverture de ce trop fameux concile, où levieux évêque de Senez, digne, par sa piété, des premiers siècles del’Eglise , mais sans crédit et sans amis à la cour, fut si rigoureusementdéposé : concile que les partisans de ce prélat accusèrent d’avoircommis une injustice criante et scandaleuse, tandis que les adversairesdu même prélat soutenaient avec beaucoup de force, qu’on avait ob-servé, dans cette déposition, les règles canoniques aussi scrupuleu-sement que dans les plus saints conciles. Toute l’éloquence et l’adressede La Motte n’empêchèrent pas cette malheureuse controverse defournir alors aux ennemis de la religion un triste sujet de plaisanterie,et de leur faire dire, avec une ironie aussi amère que déplacée, quela justice ecclésiastique n’était pas plus heureuse dans ses décisions quela justice séculière, à qui il est arrivé plus d’une fois d’opprimer l’inno-cence en observant toutes les règles '.
Il existe de La Motte une lettre à Fénélon, où il tourne en ridicule,avec autant de solidité que dq finesse, les absurdités janséniennes surle libre arbitre et sur la grâce, non moins étranges que les absurditésjésuitiques sur le même objet, quoique d’un genre tout opposé. Il
1 Ce fut dans ce concile qu’un des Pères, car on les appelait ainsi, dit àun théologien de révéque de Senez : Pourquoi ne pas se soumettre nu pope:'
tiest-il pas de foi qu’il a les clefs du paradis ? . Cela se peut, dit le
théologien; mais on pourrait bien lui en avoir changé les serrures.