DE LA MOTTE. 167
avait une sœur religieuse, fille de beaucoup d’esprit, mais très-pré-venue eu faveur du jansénisme, qu’elle croyait fermement être la loide l’Église, parce qu’elle s’imaginait, d’après l’assurance de ses direc-teurs , le trouver dans l’Écriture et dans les Pères. La Motte lui écrivitinutilement, comme on le peut penser, une longue lettre, pleined’esprit et d’intérêt, où il lui représentait que l’Eglise aurait perdu unde ses caractères les plus essentiels, celui d’être visible , s’il était permisde soutenir qu’elle 11’a pas visiblement proscrit les opinions de Qucsuelet de ses sectateurs ; il ajoute que le seul parti sôr pour les simplesfidèles, est de croire sans examen , que la doctrine enseignée aujour-d’hui par le corps des pasteurs , est celle qui a été enseignée dans tousles temps, quelque différence apparente que l’erreur indocile prétendeobserver entre la doctrine ancienne et la nouvelle.
(ai) On sait que ce bon La Fontaine, dont l'aine était si douce,trompé parLuliy, qui lui avait demandé un opéra, et qui ensuite semoqua de lui, fit contre le musicien la mordante satire, connue sousle nom du Florentin , et montra que le bon homme savait, dans l’oc-casion , être redoutable aux médians. Mais il eut tort d’étendre savengeance jusqu’à Quinault. Il me demanda, dit La Fontaine en par-lant de Lully,
Du doux, du tendre, et semblables sornettes,
Petits mots, jargons d’amourettes,
Confits au nticl; bref, il m'enquinauda.
On a beau dire qu 'enquinauder était un mot fort usité alors, pourdire tromper quelqu’un en l'amusant , on ne persuadera jamais à per-sonne que le bon Quinault ne soit ici l’objet des traits du bon La Fon-taine , surtout quand ou joindra ce mol aux vers précédons qui rap-pellent le reproche juste ou injuste de fadeur et de jargon d’amourettes,si souvent fait à Quinault par les Despréaux et les Ilacine. La Ilarpe ,dans l’éloge qu’il a fait de La Fontaine , trouve que cette satire contreLully était d’un bon homme. Nous 11e pouvons être de son avis, etnous croyons plutôt que le bon La Fontaine n’a été méchant qu’unefois ; mais que la nature lui avait donné 1 tout ce qu’il fallait pour l’être.
11 n’est pas inutile do dire ici, pour l’édification et même pour laleçon des gens de lettres , la plupart si chatouilleux sur la satire , quecelle de La Fontaine cônlre Lully ne fâcha point du tout l’artiste épi-curien , bien plus occupé de plaisirs que de vengeance. J'aimeraisencore mieux, disait-il plaisamment, mtttre en musique cette satire ,que son opéra.
(22) O11 pourrait trouver la copie de cet impudent écrivailleurflacon, dans quelques uns des satiriques de nos jours. Il poussait lamanie de la satire jusqu’à dire de lui tout le mal possible dans desréponses qu’il faisait lui-même à ses propres libelles, afin de se fournirun prétexte de répliquer à ces réponses , et de déchirer de nouveau leshommes célèbres qu’il avait attaqués. Croirait-on que dans une deces brochures, aujourd'hui oubliées pour toujours, il ait eu le frontde s adresser les vers qui suivent :