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Tome troisième.
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«70 NOTES SUR L’ÉLOGE

04) J ^ es hommes, a écrit La Motte, ne demandent pas mieux que dedire la vérité quand its n'y perdent rien ; ils se plaisent même à dire deschoses humiliantes à ceux qui les veulent bien souffrir; c’est un momentde supériorité pour eux , et ils ne manquent pas de le saisir. Mes amis ,par un motifplus noble, ni honorent de cette liberté ; ils ne me ménagentpoint les expressions, et non-seulement je le permets, mais je les en prie.C'est en moi une adresse de Vamour-propre qui veut bien dévorer de petitsaffronts pour se préparer des honneurs plus solides ; et les esprits supé-rieurs qui font bien sans cela, feraient encore mieux s’ils se servaientde mon secret. Cette liberté que La Motte accordait à scs amis, ou àceux qui se donnaient pour l’être , est à son comble dans une piècequ’un de ces soi-disans amis lui adressa au sujet de son Iliade ; pièceoù l’auteur semble n’avoir débuté par quelques éloges, que pour lesfaire servir de passe-port à l’apologue grossièrement injurieux qui latermine. La Motte y est très-honnêtement comparé à un âne , et cetâne n’est pas assurément l’animal du même nom , qui, selon madameDacicr, joue dans les comparaisons d’Homère un rôle si noble et sihonorable aux héros avec qui il est mis eu parallèle

(a5) Dans ses derniers momens, son curé exigea de lui le sacrificed’une pièce de théâtre qu’il avait commencée. Quoiqu’il n’eût aucunscrupule de conscience sur cet ouvrage, non plus que sur ceux quiavaient fait sa réputation, il n’hésita pas sur la déférence qu’il devaiten ce moment à son pasteur; mais quand ce pasteur fut parti, lepoète, qui avait été si docile , ne put s’empêcher d’apprécier la sévé-rité pastorale avec tout le sang-froid philosophique : Voyez , dit-il àson neveu, qui était auprès de son lit, ce que fait pour un pauvremourant la différence des paroisses: le curé de Saint-André, qui sort<V ici, janséniste rigide et austère, m’a demandé ma pièce pour la brûler ;si j'avais eu affaire au curé de Saint-Sulpice, il me l'aurait demandéepour la faire jouer au profit de sa communauté de £ Enfant-Jésus. Cetteréflexion sage et paisible de La Motte est bien plus philosophiqueque la plaisanterie du musicien Lully, forcé de livrer à son confesseurun opéra dont il avait fait deux actes. Son fils , témoin de cette perte,poussait des cris lamentables : Tais-toi, lui dit tout bas le vieux li-bertin , Colasse en a une copie ; ce furent scs dernières paroles.

(■26) Fontenelle et La Motte, qui craignaient tant dose compro-mettre en résistant aux Jésuites, ont donné aux gens de lettres unexemple de pusillanimité qui n’a pas été imité par d’autres. Cette so-ciété, lorsqu’elle était encore puissante et fière de son crédit, a trouvé,de nos jours , dans plusieurs écrivains célèbres qu’elle avait osé atta-quer, des adversaires intrépides et redoutables. O11 peut voir le détailde cette guerre dans l’ouvrage qui a pour titre : De la destruction desJésuites en France, par un auteur désintéressé. Il s’en fallait cependantbeaucoup ( et cette circonstance est en un sens glorieuse, en un autresens peu honorable pour les gens de lettres ) que leur armée fût égale

• On peut voir cette satire mal déguisée dans les Mémoires de M. le mar-quis de Trublel sur M. de Fontenelle. Amsterdam , iy5g, p. f.U).