DE LA MOTTE.
en nombre à l’armée ennemie. Quoiqu'ils n’eussent affaire en appa-rence qu’à trois ou quatre écrivains jésuites, c’était la société en corpsqui les attaquait j par cette union intime et inaltérable qui faisait con-courir tous ses membres à la défense de la cause commune. Au con-traire, c’étaient seulement quelques écrivains isolés, sans crédit etsans appui, qui repoussaient les traits lancés par les Jésuites. Lesautres gens de lettres, ou spectateurs indifférons de cette querelle,ou ennemis de ceux que la société attaquait, ou même indignementvendus au parti jésuitique, parce qu’ils le croyaient le plus puissant,.ne prenaient aucune part au combat, ou faisaient des vœux secretspour voir succomber leurs confrères, ou se mêlaient avec l’ennemipour escarinoucher lâchement contre eux. Cependant la gloire desarmes est demeurée à ce petit nombre d’écrivains, qui, plus aguerrisou plus braves, ou peut-être plus vivement intéressés que les autresau soutien de la cause commune, l’avaient si courageusement dé-fendue. Attaqués par les Jésuites de front, par les jansénistes à dos,et de tous côtés par les fanatiques de l’un et de l’autre parti, ils étaientà peu près , si nous osons hasarder ce parallèle, dans la même situa-tion où le roi de Prusse s’est trouvé durant la guerre de i y 5 G , ayanten tête l’armée autrichienne, l’armée des Russes derrière lui, et surles flancs l’armée de Suède et celle des Cercles. Ils ont fait comme ceprince , il ont repoussé leurs nombreux ennemis. Quel succès n’auraitdonc pas contre ces ennemis déchaînés, une ligue générale de toutela république des lettres! Hélas! quand la verrons-nous égalementcrainte et respectée par l’union de ses membres, prendre, à cet égard,pour modèle les Romains et les Jésuites? Exiger des gens de lettresqu’ils s’aiment, ce serait peut-être leur en demander trop, à la hontede la nature humaine , qui permet rarement que des rivaux de gloireet de mérite soient amis. Mais serait-ce trop exiger de vouloir qu’àl’exemple de l’ancienne Rome et de la société, ils se ralliassent, aupremier signal, contre l’ennemi commun? ün l’a dit plus d’une fois,et on ne saurait trop le répéter , s’ils étaient unis, ils donneraient deslois à l’univers , et des lois plus respectées et plus durables que cellesdont l’ambition jésuitique voulait charger les peuples et les rois. Sonpouvoir était fondé sur la superstition et l’intrigue ; celui des gens delettres léserait sur les lumières et la vérité, dont la force est bien au-trement puissante, parce qu’elle soumet les esprits sans les contraindre jleurs ennemis publiés et secrets ne le sentent que trop bien ; aussi n’ya-t-il rien qu’ils ne mettent en œuvre pour les désunir, pour les ani-mer les uns contre les autres , pour les affaiblir et les avilir, par cemoyen, autant qu’il est possible , et pour les opprimer ensuite ou-vertement ou sourdement avec plus de facilité. Mais on ne réussit àavilir que ceux qui, par leurs écarts , fournissent des prétextes à laméchanceté des persécuteurs, et on ne désunit que ceux qui sontassez peu éclairés pour méconnaître leurs vrais intérêts.
(27) Nous avons dit que la simplicité de Fontcnclle paraît quelque-fois maniérée, par le contraste qu’on observe entre la familiarité deson style et la noblesse de son sujet. Un seul exemple, choisi entre