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Tome troisième.
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174 NOTES SUR L’ÉLOGE DE LA MOTTE.

avectantd’aigreur, une réflexion qui le rend intéressant, et que la satirea prudemment passée sous silence ; mais une si petite attention s’en-Tioblissait par son principe ; et combien ne serait-il pas à désirer que lebien public fût toujours aimé avec autant de superstition !

Fontenelle prétendait que toute pensée fine a toujours un peu defaux. Il était plus intéressé que personne à ne pas avancer ce paradoxe^lui qui a mis tant de pensées fines dans ses ouvrages. Nous croyonsqu’d avait tort, et qu’on trouve dans Fontenelle même plus d’unepensée aussi juste par l’expression que fine et délicate ; mais ce qu’onne peut se dissimuler, c’est que bien des pensées ingénieuses tirentleur mérite d’une expression qui, sans être parfaitement juste, estheureusement appliquée. On citerait mille exemples, et peut-être onen conclurait avec raison que la justesse rigoureuse n’est pas toujoursessentiellement nécessaire à la finesse, quoique le mérite de la finesse,pour être parfait, exige que la justesse y soit jointe.

(28) Trop éclairé pour ne pas juger les hommes dans toutes les si-tuations et tous les états , La Motte disait que la plupart des grands,jaloux avec raison de la supériorité que leur donne le rang et la nais-sance , sentent bien aussi tout l’avantage que peuvent tirer les gens delettres de la supériorité des connaissances et des lumières; qu’en con-séquence ils traitent, pour ainsi dire, tacitement avec ces derniers surleurs droits réciproques, et ne se soumettent à rendre au génie leshonneurs qui lui sont dus, que sous la condition, très-juste, d’êtretraités par lui avec les égards que les lois de la société leur accordent.Mais en ne manquant jamais à ces égards, La Motte ajoutait avecMontaigne : que se donner en spectacle aux grands, et faire avec euxparade de son caquet, est un métier très-messéant à un homme d'hon-neur. La Bruyère dit, en parlant des grands, et Michel de Cervantesl’avait dit avant lui, que leur avantage sur les autres hommes est im-mense, grâce aux moyens que le rang et la fortune leur fournissentde s’attacher des hommes supérieurs à eux par les qualités de l’espritet par celles de l’âme. La Motte , bien convaincu de cette vérité sur lesgrands, ne jugeait pas à propos de leur procurer h ses dépens l’avan-tage dont parle ici La Bruyère. Cette manière de penser de notre aca-démicien lui était commune avec son ami Fontenelle. Tous deuxpensaient aussi de même sur la façon dont ils devaient se conduiredans la société, â l’égard des sots qu’ils y rencontraient. Ils savaientles ménager sans les rechercher, et les apprécier sans leur déplaire.Puisse la dignité noble et décente que nos deux philosophes conser-vaient avec eux, être étudiée et méditée par ces hommes dontla vanité,avide de l’encens le moins flatteur, cherche les sots de préférence , lesflatte même et les caresse, pour recevoir et goûter leurs méprisableshommages •'