ÉLOGE DE FLEURIAU l .
Les lalens qui appelèrent le comte de Morville à l'Académieavaient commencé de bonne heure à se montrer. Dès l’Age devingt ans il se distingua dans la place d’avocat du roi au châtelet,où il ne parut jeune que par la grâce avec laquelle il s’énoncait,et par son ardeur pour s’instruire. Il fut ensuite procureur-géné-ral au grand conseil, et devint l’âme de sa compagnie , par sonintelligence dans les affaires, par ses lumières et par sa droiture.Transporté de là sur un plus grand théâtre, il fut nommé am-bassadeur en Hollande, et fit, dans cette honorable fonction , unheureux usage de cet art de la persuasion et de la parole qu’ilavait déjà employé si dignement à l’administration de la justice.La nation avec laquelle il avait à traiter conservait encore pourla mémoire de Louis XIY, après plus d’un demi-siècle, unehaine que les malheurs et la mort de ce roi n’avaient pas éteinte.Toujours irritée des anciens succès de la France , quoique effacésdepuis par les plus affreux revers, elle mettait dans ses négocia-tions avec celte redoutable monarchie, toute la défiance répu-blicaine. Le comte de Morville sut néanmoins gagner l’estimeet la confiance de cette nation jalouse et prévenue. Les servicesqu’il rendit à sa patrie dans cet emploi difficile, furent récom-pensés du titre de plénipotentiaire au congrès de Cambrai, où ildéploya les mêmes talens, mais d’où il fut bientôt rappelé pourêtre successivement revêtu de deux ministères importans , celuide la marine et celui des affaires étrangères. Ce fut aussi dans cemême temps que l’Académie, joignant son suffrage à celui dumonarque, l’adopta parmi ses membres. Il y montra tout cequ’on attendait de lui. Chargé plusieurs fois des fonctions dedirecteur, il s’en acquitta à la satisfaction de l’Académie et dupublic. Sa modestie néanmoins lui inspira, dans une de ces cir-constances, une défiance de lui-même, fondée sur un motif bienestimable. Chargé de recevoir un académicien auquel il s’inté-ressait 1 , il craignit que son éloquence, qui l’avait si bien servidans des occasions beaucoup plus importantes, ne répondit pasdans celle-ci à ce que son amitié voulait dire, et n’exprimât quefaiblement ce que son cœur sentait; il n’osa composer lui-même
' Cbarles-Jcan-TSaptiste Fleuriau , comte de Morville, reçu le a3 juin r-xi,h la place de Louis de Courcitlon de Dangcau, abbe de Fontaine-Daniel ;mort le 3 février 1733.
’ Le president Hcnault; c’est de lui que nons tenons ce qu’on va lire.