ÉLOGE DU DUC DE VILLARS '
Ce n’est ni l’homme de guerre, ni l’homme d’état que nousdevons peindre ici dans le maréchal de "Villars. Le vainqueur deFridlingue et de Denain appartient aux fastes de la France, etnon aux annales modestes d’une société littéraire. Nous osonscependant nous flatter que l’histoire du héros académicien, quoi-que courte et peu brillante, ne sera pas sans intérêt pour la com-pagnie et pour les lettres.
Quoiqu’il eût abandonné de bonne heure toute autre étudepour celle de la guerre, nous avons lieu de croire que dès le col-lège il avait fait ses premières armes dans les lettres avec succès ;car il disait souvent qu’il n’avait eu en sa vie que deux plaisirsbien vifs, celui de remporter un prix en rhétorique, et celui degagner une bataille. Il n’en aurait préféré qu’un, celui de périren la gagnant; c’est ce qu’il exprima dans les derniers momensde sa vie, avec l’impétuosité la plus naïve et la plus noble. Sonconfesseur l’exhortait à la mort, suivant l’usage, et aurait pu sedispenser de prendre cette peine avec un homme qui l’avait bra-vée tarit de fois. Ce prêtre, invitant son malade à produire, enexpirant, quelques actes de piété, lui disait que Dieu n’avait pasfait la même grâce au maréchal de Berwick , qui venait d’êtretué à la tranchée de Pliilisbourg, sans avoir eu le temps défaireun seul acte de contrition : Il a été tué! s’écria le mourant; ah!je l’avais toujours bien dit, quil était j>lus heureux que moi.
Les succès du maréchal de Villars, sauveur de la France àDenain, inspirèrent à un Allemand, qu’on ne pouvait soupçon-ner de vanité nationale, ce beau vers latin pour être mis au basde son portrait :
Hic novus Hector adest, quem contra nullus A ch iites.
Cet Hector que tu vois, n’a point tronve' d’Achille.
L’éloge était noble et juste; mais ce qui dégrade un peu l’au-teur, c’est qu’il se plaignit que le nouvel Hector n’eût pas payé
1 Claude-Lonis-Hcctnr de Villars, pair de France et maréchal-général des'camps et armées du roi, chevalier de l’ordre de sa majesté et de la Toisond’or, gouverneur de. Provence, né k Moulins en Bourbonnais, en avril i 653 ;reçu le a 3 juin 1714, il la place de Jcan-Frauçois Chamillard, évéque de Sen-lis ; mort il Turin, le 17 juin 1734.
Et de son tils Honoré-Armand, duc de Villars, pair de France, chevalierde l’ordre de la Toison d'or, gouverneur de Provence, né le 4 octobre 1703 ;reçu le 9 décembre 1734, il la place du maréchal de Villars son père; mortau mois de mai 1770.
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