Band 
Tome troisième.
Seite
178
JPEG-Download
 

178 ÉLOGE

ce vers d’une somme assez conside'rable ; il regrettait de n’avoirpas rendu le même hommage au grand Condé, qui disait qu’unhomme d’esprit ne devait faire qu’une devise en sa vie, surtoutsi elle e'tait bonne, parce qu’il ne pouvait guère se promettred’être aussi heureux pour une seconde, et que le héros de lapremière devait faire la fortune de l’auteur. Le maréchal de"Villars, qui sans doute se piquait d’être aussi vaillant que legrand Condé, ne se piquait pas apparemment d’être aussi ma-gnifique. Il nous sera permis d’ajouter que le mot du prince nefait pas assez d’honneur aux gens de lettres, qu’il suppose bienintéressés d’une part et bien stériles de l’autre ; mais peut-êtreaussi fait-il trop d’honneur aux grands, qu’il suppose tous re-connaissons et généreux.

Rassasié de gloire et comblé de biens et d’honneurs, le maré-chal de Villars désira de joindre à toutes ses dignités le titre denotre confrère; il parut sentir le prix de cette distinction, et nenégligea pas d’en jouir après l’avoir obtenue : il ne fut pointcoupable à notre égard de l’espèce d'indifférence dont on a plusd’une fois accusé des académiciens de son rang, qui en parais-sant très-rarement au milieu de nous, ont apparemment crusatisfaire leur orgueil par cette espèce de dédain, et ont prouvéseulement qu’ils entendaient bien mal les intérêts de leur vanité.Le maréchal de Villars, plus éclairé et plus juste, rendait àcette compagnie, le plus souvent qu’il lui était possible, l’espèced’hommage qu’elle est en droit d’exiger de tous ses membres,qui lui doivent même d’autant plus, qu’elle a montré, en lesadoptant, plus d’égards pour leur naissance et leurs dignités;elle désire , bien moins pour elle que pour eux-mêmes, de rece-voir quelquefois de leur part ces faibles marques de reconnais-sance. Notre héros n’oublia jamais de remplir ce devoir; il venaitassez fréquemment à nos assemblées, paraissait s’intéresser ànos exercices, opinait avec autant de goût que de dignité, sur lesquestions qui s’agitaient en sa présence, et finissait toujours partémoigner à la compagnie les regrets les plus obligeons de ce quela multitude de ses autres devoirs ne lui permettait pas de s’ac-quitter, comme il l’aurait voulu, de celui d’académicien. Unjour, après une de ses effusions ordinaires et affectueuses de dé-vouement et de respect pour ses confrères, car c’étaient les pro-pres termes dont il croyait devoir se servir à leur égard , il ajouta,que ne pouvant pas se trouver aussi souvent parmi eux qu’il le dési-rait, il les priait de lui permettre d’y être au moins présent en pein-ture, et de leur envoyer son portrait, pour être comme un gagetoujours subsistant à leurs yeux de son zèle pour la compagnie.Il n’y avait alors dans notre salle d’assemblée que les portraits