DU DUC DE VILLARS. 179
des deux ministres et des deux rois protecteurs de l’Acade’mieFrançaise, et celui de la reine Christine, qui avait autrefois ho-noré de sa présence une de nos séances particulières. L’offre dunouveau portrait fut reçue avec une espèce d’acclamation par leplus grand nombre des académiciens présens, qui, se tenanthonorés, avec raison , de la confraternité du duc de Yillars, 11evoyaient peut-être pas l’honneur qu’à son tour il en rfccevait lui-même. Le seul M. de Yalincourt, qui, ayant fréquenté la couret les grands, connaissait par expérience les replis les plus ca-chés de leur amour-propre, s’imagina, à force de finesse et demalice, que la proposition du maréchal de Yillars n’était pasassez pure dans ses motifs pour mériter une si grande profusionde remercîmens. Cet académicien, qui, élevé à l’école de Des-préaux, était zélé pour l’honneur des lettres, et sentait toute la■dignité de cet état, se montrait, par cette raison , l’ennemi dé-claré de la plus légère usurpation académique; il soupçonna quele maréchal de Yillars , en offrant son portrait à l’Académiecomme un témoignage des sentimens dont il était pénétré pourelle, s’était proposé, au moins confusément, la gloire secrèted’être le seul académicien que la postérité vît parmi nous à côtéde Richelieu et de Louis XIV ; en conséquence de cette ré-flexion, trop subtile peut-être, M. de Yalincourt crut devoirdonner au portrait du maréchal de Yillars quelques pendansqui en étaient bien dignes; et dès le jour même où ce portraitfut envoyé à la compagnie, il lui présenta de son côté ceux deDespréaux et de Racine, qu’il ne jugeait pas moins propres àdécorer la salle de l’Académie, que celui d’un grand capitaine.A cet exemple, plusieurs académiciens s’empressèrent d’appor-ter, dans les assemblées suivantes, les portraits de Corneille, deLa Fontaine, de Bossuet, de Fénélon , et de leurs semblables.L’Académie désira bientôt d’en avoir un plus grand nombre, etde pouvoir conserver à la postérité les traits de ses membres lesplus célèbres. C’est ainsi que s’est formée peu à peu cette collec-tion de portraits académiques , déjà si précieuse aujourd’hui, etqui le sera tous les jours davantage; collection à laquelle le pu-blic paraît prendre le plus grand intérêt, par l’empressement etl’espèce d’avidité avec laquelle il se plaît à la parcourir les joursde séance publique. Si dans ces occasions il s’attache plus long-temps à contempler nos grands écrivains que le maréchal deYillars, digne néanmoins , à tant d’égards, de la reconnaissancede la nation , c’est sans doute parce que dans notre salle d’assem-blée, les Despréaux et les La Fontaine, les Corneille et les Ra-cine, les Fénélon et les Bossuet, sont, pour ainsi dire, sur leurterrain , tandis que le maréchal de Yillars se trouve comme