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transplanté au milieu d’une nation étrangère , n’ayant guèred’autre mérite pour elle que celui de l’avoir aimée, et d’avoirconnu le prix de ceux qui la composent. Il serait vu avec plusd’intérêt parmi les héros de la nation, à côté de Luxembourgson maître, et de Vendôme son rival.
Le maréchal de Villars, qui a tant honoré les lettres, a pourceux qui les cultivent un autre mérite qui doit être de quelquevaleur à leurs yeux ; c’est d’avoir connu et senti de bonne heureles sublimes lalens de l’auteur de la Henriade, de les avoir ac-cueillis, d’avoir donné à Voltaire, encore très-jeune, des mar-ques d’estime et d’amitié que la reconnaissance de ce grandécrivain a immortalisées dans ses ouvrages. L’illustre Mécènen’eut cependant pas la satisfaction qu’il désirait, de voir cethomme rare assis auprès de lui dans l’Académie Française , oùses ouvrages l’avaient appelé de si bonne heure, mais d’où unecabale odieuse l’éloigna si long-temps; les étrangers ne le pou-vaient croire. Un académicien français, qui voyageait il y après de cinquante années en Allemagne, disait à un prince decette nation, que Voltaire n’était pas de l’Académie : Qui en estdonc, répondit le prince 1 ? La compagnie a fait enfin cesser cescandale, dont le maréchal de Villars gémissait en vain, et dontil emporta le regret au tombeau.
Lorsque l’Académie eut le malheur de le perdre, elle crutne pouvoir témoigner d’une manière plus éclatante les sentimensqu’il lui avait inspirés, qu’en lui choisissant pour successeur sonpropre fils le duc de Villars, malgré l’espèce de loi qu’elle s’estimposée, et qu’elle a violée très-rarement, de ne point donneraux fils la place des pères ; loi très-sage, qui a pour but, commenous l’avons déjà dit ailleurs 3 , de conserver notre liberté etnos droits, en nous affranchissant de tout ce qui pourrait avoirl’apparence de succession héréditaire. Mais la compagnie necrut pas devoir refuser le titre d’académicien aux démarchesque faisait,,pour l’obtenir, le fils unique d’un homme illustre,qui avait donné à la compagnie tant de marques d’attachementet d’estime. Le duc de Villars s’est montré digne de cet honneurpar son amour pour les lettres, et par le goût éclairé avec lequelil les a cultivées jusqu’à la fin de sa vie. Il possédait surtout,dans un degré éminent, un talent très-rare , mais dont il nepouvait faire usage que dans la société d’un petit nombre d’amis,
• On pouvait appliquer h cet écrivain immortel, pendant tout le temps queta compagnie en a ete si malheureusement privée, le mot d’un citoyen romainsur Caton, à qui la voix publique donnait la preture, et qui ne l’eut pas,faute de l’avoir demandée : Ce n’est pas la préturc qu’on a refusée à Caton ,«’est Caton qu’on a refusé h la prélure.
» Voyez l’article de M. de Cnislin, et celui de M- l’abbc d’Fstreos.