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si peu occupé de lui , il restait, si l’on peut parler de la sorte,beaucoup de place pour eux : c’est par une raison contraire quel’orgueil et la présomption de tant de littérateurs ont excité sivivement la haine de leurs rivaux. La modestie de M. Adamétait si vraie, si simple, si profonde, qu’il était même étonnédes éloges qu’on en faisait. Il eût été moins surpris qu’on lui re-fusât cette vertu, d’autant plus identifiée avec lui, qu’il la pos-sédait sans le savoir; peut-être même l’aurait-il poussée plusloin que le P. Malebranche, qui disait : Je liai pas assez demodestie pour soujfrir quon m’accuse de vanité. Enfin M. Adamétait du nombre de ces gens de lettres qui, faits par leurs talenset par leurs lumières pour instruire leurs contemporains, pré-fèrent au vain éclat d’une réputation enviée l’avantage de res-ter inconnus, et n’en sont que plus estimables et plus heureux.Ils sont à Cabri, dit un écrivain célèbre, des dégoûts que l’ora-geuse profession d’auteur a si souvent entraînés, des animositésde parti , des querelles que la rivalité fait naître ; ils sont juges,et les autres sont jugés. M. Adam était plus capable d’être juge,qu’empressé de l’être. C’est une raison de plus pour lui rendreavec une espèce d’usure, la justice qu’il a méritée et presquedédaignée; il ne lui a manqué, pour être célèbre, quede le vou-loir; et l’historien de cette compagnie a regardé comme un de-voir respectable pour’Iui, de faire connaître au public un savantmodeste et vertueux , d’autant plus digne de nos éloges , qu’il aété plus occupé de les fuir.
M. Adam a laissé des enfans, dont un se trouve dans l’indi-gence , sans y avoir été réduit par sa faute 1 (i). Il a réclamé envain les secours qu’il était le plus en droit d’attendre. Nous n’ac-cusons personne ni de dureté, ni d’injustice ; mais ce fils infor-tuné de M. Adam a trouvé dans l’Académie les sentimens et lesmarques de bienfaisance que méritaient son nom et son malheur.Tous les gens de lettres de profession , qui sont membres de celtecompagnie, se sont empressés, sans excepter un seul, de sou-lager, chacun suivant ses moyens, le fils de leur ancien con-frère ; et la plupart des autres académiciens ont suivi un si digneexemple avec toute la noblesse qu’on pouvait attendre d’eux.
NOTE.
(i) Ce fils de notre académicien, qui n’a trouvé que dans la compa-gnie quelque sensibilité à ses peines, nous a communiqué sur son rcs-
1 Nous écrivons ceci en février 1581.