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Tome troisième.
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>86 NOTES SUR L’ÉLOGE

de la distribution des aumônes. Un pauvre vieillard demandait un jourau prince quelque assistance, en ajoutant qu'il était bien malheureux :Vous êtes bien malheureux, lui dit le prince, est-ce que vous appre-nez le latin ? Non, monseigneur. Vous nêtes donc pas si malheureuxque vous le dites, répondit le prince en lui donnant l'aumône. On voitque le jeune élève n’apprenait le latin qu’avec dégoût ; mais ce n’étaitpas le gouverneur qu’il en fallait accuser.

L’éducation finie, son élève, qu’il avait pénétré d’estime et de respectpour lui, le lit secrétaire de ses commandemens et chef de son conseil.Il obtint et mérita toute sa confiance dans cette nouvelle place. Lesvilles de Niort et de Poitiers , toutes deux dépendantes de la province duPoitou , dont le prince était gouverneur, avaient un procès que M. Adamjugea en faveur de la première ; elle voulut lui en témoigner sa grati-tude par un présent considérable , qu’il refusa constamment, et dontil aurait même osé se plaindre , sans l’extrême douceur de son caractère,qui ne lui laissait voir dans ce don qu’une marque de reconnaissance, àla vérité mal entendue, mais touchante pour son âme sensible.

Un négociant de Poitou , décrié pour ses mœurs, désira d’être mairede la ville qu’il habitait. Il se présentait avec confiance , fier de la pro-tection du prince, qu’il avait obtenue, suivant l’usage , à force d’adu-lations, de bassesses et d’intrigues. Cette protection n’eut aucun créditsur M. Adam, à qui le prince avait laissé le choix du sujet propre àremplir la place vacante. Il y nomma un honnête citoyen de la mêmeville, qui ne l’avait pas demandée. Le négociant, outré de colère, osadébiter en présence du prince, les invectives et les calomnies les plusgrossières et les plus révoltantes contre l’homme vertueux qui avait faitjustice. Le prince, sans paraître ni approuver, ni blâmer ses plainteset ses injures, lui donna une lettre pour la porter lui-même à M. Adam.Elle commençait par ces mots : A l’ouverture de cette lettre, vousJerez jeter le porteur par les fenêtres. M. Adam qui ne voulait pointla mort du pécheur, se contenta de faire lire ce peu de mots au négo-ciant , et ajouta : Je vous conseille de retourner chez vous , et d’y êtrehonnête homme, si vous le pouvez. Le négociant se conforma, enmurmurant, à la première moitié de ce conseil, en attendant que Dieului fît la grâce de se conformer à la seconde.

En 1734, le prince de Conti, âgé de dix-sept ans, désira et obtintde faire la campagne que le siège de Philisbourg et les pluies continuellesrendirent si pénible pour les soldats. Il voulut les encourager, par sonexemple, à souffrir les incommodités d’un sol humide et marécageux,et prit le parti de coucher sur des chariots. M. Adam, qui l’accompa-gnait , ne crut pas, malgré son âge et sa faible santé, devoir être mieuxcouché que son élève. Il partagea avec lui le même lit ; et, sur la fin dela campagne, il fut attaqué d’une colique néphrétique, qui, bientôtaprès, le conduisit au tombeau, victime de son attachement et de soncourage.

Il conserva jusqu'au dernier moment toute la présence de son esprit