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Tome troisième.
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i88 ÉLOGE

d’Angleterre , qui venait de donner la paix à la France, et quele poète avait décorée du nom de Minerve. La reine parla, dit-on, avec admiration de cette ode; elle s’y crut obligée, appa-remment pour rendre à M. Malet les louanges dont il l’avait com-blée. Le suffrage était néanmoins plus brillant que flatteur de lapart d’une princesse étrangère , qui sans doute ne se piquait pasde se connaître parfaitement en vers français. Mais elle joignità ce suffrage une marque de satisfaction plus réelle : elle envoyaau poète une médaille' d’or , qui dut augmenter beaucoup à sesyeux le prix de celle que l’Académie lui avait donnée. Ce présentn’était pas si magnifique que celui de Marie-Stuart, reine d’É-cosse, au poète Ronsard, à qui elle donna un buffet de deuxmille écus, surmonté d’un Parnasse, au haut duquel était unPégase avec ce mauvais vers :

A Ronsard, l’Apollon de la source des Muses.

Mais ce Ronsard, dont le siècle suivant a fait justice, était ledieu du sien ; et M. Malet, qui n’aspirait ni à tant de gloire , nià de si beaux dons , se contenta modestement de la récompensequ’il avait reçue.

Dans ces circonstances, M. de Tourreil étant venu à mourir,quelques académiciens qui peut-être avaient besoin de se rendrefavorable M.'Desmarets , contrôleur-général des finances, allè-rent lui proposer la place vacante. Cette démarche semble êtreune nouvelle preuve de ce que nous venons d’insinuer, qu’il n’yavait point alors d’hommes delettressur qui la compagnie pûtdé-cemment jeter les yeux pour l’adopter parmi ses membres. Nousoserons assurer néanmoins, malgré cette disette réelle ou sup-posée, que les académiciens dont nons parlons firent une tellesollicitation sans l’aveu de la compagnie ; elle a pu désirer, il estvrai, dans des temps de stérilité, de voir occuper ses fauteuilspar des hommes en place, au défaut de bons écrivains, à con-dition pourtant que ces hommes en place aimeraient au moinsles lettres, s’ils n’avaient pas le temps ou le talent de les cultiver;mais nous ne craignons point d’avancer que l’Académie en corpsn’a jamais été au-devant d’eux , et que le désir des candidats lesplus distingués par leur rang a toujours prévenu son choix.

Quoi qu’il en soit, le contrôleur-général, qui se connaissaitmieux en détail d’administration qu’en éloquence et en poésie,mais qui du moins n’avait pas le ridicule de vouloir paraître ce

toutes d’un égal mérite, elles sont au moins, quoi qu’en disent la haine etl’envie, bien supérieures aux anciennes. On peut observer, en passant, quecet abbé du Jarry, si malheureux et si décrié comme poète, était un prédi-cateur très-estime de son temps, et très-oublié du nôtre.