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Tome troisième.
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«9° ÉLOGE DE MALET,

moins on ne voit plus guère , de ces hommages rampans que lavile adulation et l’intérêt plus vil encore prodiguaient autrefoisà la médiocrité et à la faveur ; et Corneille , s’il revenait parminous , ne dédierait pas à un financier son chef-d’œuvre drama-tique. L’auteur de Cinna aux pieds d’un financier! O pauvrerépublique des lettres! qu’éliez-vous donc alors? elle connaîtmieux maintenant et ce qu’elle vaut et ce qu’on lui doit. Cetteélévation desentimens, qui convientsi bien aux talens supérieurs,leur assure à la fois deux avantages; d’un côté, l’estime desgrands seigneurs vraiment respectables, qui connaissent le prixdu génie et des vertus j et de l’autre, l’honorable inimitié dequelques vils courtisans nés pour ramper et pour nuire, dontla haine est un bien , et dont la protection serait une tache. Cesdétracteurs des talens et des lumières voudraient voir le méritese dégrader par les mêmes bassesses qui les déshonorent, et dé-sireraient de faire refluer sur le génie , devenu leur adulateur,le mépris dont ils sont couverts. On en a vu quelques uns qui,affichant pour les gens de lettres les plus célèbres , une animositéaussi imbécile qu’implacable , n’ont pas rougi de répondre à ceuxqui la leur reprochaient, qu’ils étaient offensés de ce que la lieseule de nos écrivains leur rendait hommage , tandis que lesmembres distingués de la littérature dédaignaient de grossir lachétive cour dont ils n’osaient se glorifier: Je conçois, dit à cesujet un écrivain célèbre , qu’on ait le malheur de trouver ce sen-timent au fond de son dme ; mais qu’à la bassesse de l’y nourrir,on joigne l’ineptie de le dévoiler, c’est, à mon avis , le comble dela sottise humaine. Les Mécènes subalternes et ridicules dontnous parlons, en s’avilissant eux-mêmes par de tels discours,ne peuvent s’empêcher d’estimer au fond de leur cœur, si cepen-dant leur estime peut être comptée pour quelque chose, deshommes qu’ils auraient méprisés à juste titre, s’ils en avaientpu faire leurs amis ; et nous ne croyons pas qu’aucun de ceuxqu’ils ont l’ineptie de décrier, daigne balancer un momententre leur bienveillance et leur aversion. On nous demanderace que fait à la mémoire de M. Malet le portrait de ces êtres mé-prisables ; nous répondrons qu’une leçon utile aux gens de let-tres dignes de ce nom, et aux protecteurs indignes de l’être,vaut bien l’éloge d’un académicien médiocre, et que c’est l’épi-sode le plus intéressant qu’on puisse y joindre pour le faire lireavec quelque fruit.

Nous terminerons néanmoins cet article par un trait qui honoreplus la mémoire de M. Malet, que n’auraient pu faire de grandstalens académiques. Ilfut toute sa vie employé dans les finances ,et mourut avec peu de fortune.