ig(i NOTES SUR L’ÉLOGE
plus considérables de son pays , et dont nous trouvons la suite jusqu’ànous. Il y a peu de gens qui puissent trouver une si belle tête ; toutle reste est fort agréable. .. Pour moi, je vous avoue que j’en suischarmée et touchée d'une véritable joie , elc. On voit par et:s diffërenstraits que madame de Sévigné, si pleine d’ailleurs de grâce et d’a-grémens , n’était pas exempte des petitesses de la vanité. On le voitpeut-être mieux encore à l’extase où elle est, dans quelques autreslettres , devant le cordon bleu du comte de Grignan son gendre pres-que aussi sottement glorieux que le comte de Bussi son cousin : onle voit surtout au transport de joie et d’admiration avec lequel elleredit quelques paroles très-communes dont Louis XIV l’avait honoréeà une représentation A'Esther. Vaine et pauvre espèce humaine !Gardons-nous bien pourtant d’effacer de ces lettres les traits quenous venons d’y rapporter ; madame de Sévigné s’y peint au naturel,et le naturel est si précieux, parce qu’il est si rare ! Elle nous laissevoir au moins , avec une naïveté qui même a ses grâces, cette vanitépuérile que ses grâces lui font pardonner , et que tant d’autres mon-trent avec sottise, ou cachent avec maladresse. Avouons même quec’est un mouvement bien excusable, surtout dans les femmes, defaire valoir tous leurs avantages ; et comme la naissance en est untrès-réel, ne soyons pas plus étonnés de voir qu’elles s’en prévalent ,que de l’esprit ou de la beauté. Les hommes sont-ils plus philosophesqu’elles ? Les philosophes mêmes le sont-ils sur ce qui flatte et cha-touille leur amour-propre ?
Le comte de Bussi, dans sa douloureuse solitude , avait entreprisde répondre aux Provinciales , pour faire sa cour aux jésuites, etobtenir, par leur crédit, son rappel à Versailles j mais un peu deréflexion le fit bientôt renoncer à ce projet, malgré l’avantage qu’ilcroyait y entrevoir. Il eut l’esprit de sentir qu’on ne répond jamaisavec succès à une excellente plaisanterie , si ce n’est par une autre ;ce qui n’était pas facile vis-à-vis d’un écrivain tel que Pascal. Il se tutdonc, et fit bien.
Il eut encore le chagrin d’éprouver quelque ingratitude de la partde ses enfans , pour qui il avait fait, dans cette même retraite , sonpieux ouvrage surla manière de supporter chrétiennement les afflictions.Ces enfans , peu dévots sans doute, trouvèrent que cette productionfaisait peu d’honneur aux talens de leur père. Ils aimèrent mieux lireson Histoire amoureuse des Gaules , que l’édifiante réparation faitepar l’auteur, et jugèrent que le style de Pétrone était plus le sien quecelui du Père Busée ou du Père Crasset.
(a) Tout le monde sait le mot de cet athée , qui disait à un autre :Savez-vous pourquoi on vous persécute , tandis qu’on me laisse en repos ?C’est que vous êtes un athée janséniste , et moi un athée moliniste. J’aiconnu un homme de lettres qui, se faisant un triste honneur de nepas croire en Dieu, ne parlait qu’avec indignation de la doctrinedes molinistes, et qu’avec respect de celle de S. Augustin sur la grâce ;et j’entendais dans le même temps des jésuites tourner très-indécem-ment ce Pcre de l’Eglise en ridicule.