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Tome troisième.
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DE RABUTIN. 197

(3) On peut juger Je la valeur Je cette Gazelle ecclésiastique parle résumé qu’en faisait un philosophe. Ce malheureux auteur , Jisait-il, écrit toutes les semaines ; il se permet tout , et jamais on ne cite unseul trait de lui. Ce silence est la plus granJe humiliation que puisseessuyer un satirique. Pour être plaisant, et par conséquent lu , ilne suffit pas J’être amer , il faut être gai, si l’on peut ; maïs hoc opus,hic labor est ; la gaieté est comme la grâce Jes jansénistes , elle 11’estpas Jonnée à tous ; et Jes injures sont plus aisées à trouver que Jebonnes plaisanteries.

ÉLOGE DU DUC D’ESTRÉES '.

Son éloge se trouve dans l’histoire de l’Académie des belles-lettres , dont il était membre. Mais on y a omis un trait qui faitle plus grand honneur à sa mémoire, et que nous avons rapportédans l’éloge de Montesquieu 2 ; c’est le courage avec lequel lemaréchal d’Estrées défendit et soutint cet illustre ami, en butteà une cabale sourde et puissante,, qui, en voulant lui fermer lesportes de l’Académie Française, travaillait bien plus contre lacompagnie que contre ce 1 philosophe célèbre. Puissent l’Acadé-mie et les lettres éprouver souvent les effets d’un pareil courage !Nous en avons des exemples récens, consignés avec reconnais-sance dans nos registres. Nous avons vu deux de nos plus respec-tables académiciens, le duc de Nivernois et le priuce de Beau-veau, défendre avec succès auprès du feu roi, deux hommes delettres, contre lesquels on lui avait inspiré des préventions peufavorables, dont ce prince reconnut bientôt l’injustice (1). Néan-moins , en applaudissant à des démarches si nobles et si dignesd’être imitées, nous ne voudrions pas assurer avec Voltaire, qu’ilse trouvera toujours en France, malgré la cabale et l’envie,des âmes nobles et éclairées qui sauront rendre justice aux ta-lens.... (2). Quoiqu’il n’y ait guère d’homme puissant qu’on n’aitloué de son amour pour les lettres dans quelque épître dédica-toire, comme il n’y a guère de tyran qu’on n’ait loué pour sesvertus, et de prince imbécile qu’on n'ait loué pour son génie,le nombre de ces prétendus amateurs des lettres est beaucoupmoins grand qu’on ne pense. La plupart ont été en effet très-

1 Victor-Marie d’Estrées, pair, maréchal et vice-amiral de France, ne hParis, le 3o novembre 1660; reçu le a3 mars 1715, à la place de César ,cardinal d’Estrées; mort le a8 décembre 1737.

’ Fejrez ect éloge.