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Tome troisième.
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204 éloge

être mis, mais des auteurs estimables assis au second rang. S’ileut le mérite de joindre la philosophie au savoir, d’autres ont étéou des savans plus profonds , ou des philosophes distingués; s’ilfut historien judicieux et fidèle, d’autres ont écrit l’histoire avecplus de chaleur et d’intérêt ; si dans les beaux arts il s’est mon-tré un excellent juge , d’autres en ont exposé les principes avecmoins de sagacité peut-être , mais avec plus d’éloquence ou d’a-grément. Enfin , il est un exemple que pour faire ouvrir en safaveur les cent bouches de la Renommée , il vaut mieux mériterla première place dans un seul genre, que d’en ambitionner unedans plusieurs genres à la fois ; qu’il n’y a tout au plus d’excep-tés de cette règle que les Pascal, les Leibnitz, les Voltaire, etquelques hommes privilégiés qui leur ressemblent.

La vie de l’abbé Dubos a, pour ainsi dire, été double; ellefut d’abord presque uniquement politique et active, ensuite pu-rement littéraire et paisible. Jeune encore, il essaya de la théo-logie; mais il se dégoûta bientôt des puérilités scolastiques pourune étude plus intéressante et plus utile, celle du droit publicet des intérêts de l’Europe : les progrès qu’il y fit, lui valurentl’avantage d’être connu et goûté de M. de Torci, ministre des af-faires étrangères dans les dernières années du règne de LouisXIV,c’est-à-dire, dans des temps malheureux et difficiles; où cettepartie exigeait plus de talens et de vertus que jamais. Ce minis-tre , qui joignait au mérite propre à sa place, la modestie et laprobité , cherchait les mêmes qualités dans ceux qu’il destinaità travailler sous ses ordres; il s’attacha l’abbé Dubos, et l’em-ploya utilement dans plusieurs affaires secrètes. Le duc d’Or-léans régent, et le cardinal Dubois, firent de ses talens le mêmeusage, et avec le même succès. L’Étal récompensa comme il ledevait un citoyen qui l’avait si bien servi. Il obtint, ou plutôt ileut, sans avoir rien demandé, des pensions et des bénéfices, quifurent le prix flatteur de ses travaux et de son zèle, et qui suffi-saient aux désirs d’un philosophe. Il avait été chargé, vers lecommencement de la guerre de 1701, de différentes négocia-tions en Angleterre et en Hollande, pour engager à la paix, s’ilétait possible, ces deux puissances redoutables, que la ven-geance et la haine animaient alors contre la France, bien plusencore que l’ambition et la politique. Pendant le cours de cesnégociations, il publia un ouvrage qui avait pour titre : Les in-térêts de l’Angleterre mal entendus dans la guerre présente.Cette production, fort applaudie, comme elle devait l’être , parle ministère de France, ne fit changer le ministère britanniqueni de conduite, ni de système. L’auteur faisait à ce ministèreet à la nation anglaise des prédictions funestes, que par malheur