DE DUBOS. 2o5
l’événement ne justifia pas; les ennemis de Louis XIV furentpartout heureux et vainqueurs ; et un plaisant dit à ce sujet, quepour répondre à l’écrivain prophète et à ses conseils charitables,il ne fallait que le titre même de son ouvrage : Les interets del’Angleterre mal entendus par l’abbé Dubos (i).
Cet essai, plus politique que littéraire , n’était pas le premierfruit de sa plume; il avait donné, près de dix ans auparavant,l’ Histoire des quatre Gordiens , contre l’opinion commune quin’en admettait que trois. Les preuves dont il appuyait l’existencedu quatrième Gordien, furent attaquées par plusieurssavans, etmalgré toute l’érudition dont il fortifia ces preuves , l’opinionancienne semble avoir prévalu. Heureusement il importe assezpeu au genre humain qu’il y ait eu trois Gordiens ou davantage.Si les princes de ce nom eurent quelques qualités estimables ,s’ils méritent de n’être pas confondus avec cette foule de despotesimbéciles ou féroces , qui ont avili et opprimé l’espèce humaine,leurs bonnes qualités furent peu utiles au bien des peuples ; levrai bonheur des hommes eût été d’avoir quatre Titus, quatreTrajan et quatre Marc-Aurèle; mais les Titus, les Marc-Aurèleet les Trajan , sont plus rares que les Gordiens.
Critiqué comme antiquaire, et malheureux dans ses prédic-tions comme politique , l’abbé Dubos se jeta dans une autre car-rière ; il crut devoir choisir un objet de travail, qui, sans avoirl’obscurité de l’histoire ancienne , n’eût pas aussi l’inconvénientde toucher à des événemens trop proches de nos jours. Il écrivitVHistoire de la ligue de Cambrai , ou il développe avec beau-coup de détail et de netteté les motifs, les progrès et la dissolu-tion rapide de cette fameuse alliance ; il y fait voir par quellesuite d’événeniens et d’intérêts les puissances les plus formida-bles, réunies d’abord pour écraser la fière et faible républiquede Venise, la laissèrent bientôt renaître et respirer, en se divi-sant pour le partage de sa dépouille. C’est là, comme le remar-que judicieusement l’historien, le sort et la’fin ordinaire destraités faits par de grands États pour en dévorer un autre. Il n’ya peut-être eu qu’un exemple unique d’une ligue entre plusieursgrandes puissances qui ait subsisté long-temps sans se rompre,et cet exemple est trop récent pour avoir été connu de l’abbéDubos; c’est la ligue de la France, de l’Empire, de la Russieet de la Suède contre un seul prince, qui, attaqué durant sixans par cette ligue, a fait d’aussi heureux efforts pour la braver,que de vaines tentatives pour la dissoudre. Serait-ce parce qu’elleavait pour chefs des femmes animées par la vengeance, et quise croyaient outragées par le prince qu’elles voulaient anéantir.' 1Et faut-il en conclure que les femmes, déjà plus constantes que