2oti ÉLOGE
les hommes dans leurs passions domestiques et privées , le sontaussi dans leurs passions royales et politiques ?
L’abbé Dubos, après avoir fait ses preuves comme négocia-teur, comme érudit et comme historien, ambitionna une gloired’un autre genre, et qui lui parut encore plus flatteuse, cellede connaisseur éclairé sur les objets les plus intéressans de la lit-térature et des beaux arts. Il obtint cette gloire par ses Réflexionscritiques sur la Poésie et sur la Peinture , où, sans aucune pré-tention pour lui-même aux talens des Raphaël et des Virgile ,il s’est montré digne d’apprécier et de célébrer leurs produc-tions. Cet ouvrage, plein de sagacité, de savoir et de goût, estcelui qui a le plus contribué à la réputation de l’auteur. L’abbéDubos semble avoir démenti l’assertion tant répétée, et commela plupart des assertions générales, moitié vraie, moitié fausse,qu’il faut être poète pour bien parler de poésie, et peintre pourbien parler de peinture. Il n’avait jamais fait de vers, et n’avaitpas un tableau; mais il avait, dit un illustre écrivain , beaucouplu, beaucoup vu, beaucoup médité. Ses voyages dans les diffé-rentes parties de l’Europe, la connaissance qu’il avait des languesétrangères, ses conversations avec les artistes et les écrivainscélèbres de chaque nation, les nombreux ouvrages de l’art qu’ilavait eus sous les yeux, tous ces secours ajoutaient à ses lumièresnaturelles beaucoup de lumières acquises; et ses Réflexions sontcomme le dépôt des richesses abondantes qu’il puisait ou dansson propre fonds, ou dans le commerce des hommes instruitsqu’il avait fréquentés. On peut parler de la poésie et des beauxarts avec plus de feu , de grâce et d’élégance; mais on ne peutrendre ses idées avec plus de netteté, de précision et de justesse.Ses lecteurs peuvent quelquefois n’être pas de son avis dans lesdiscussions fines et délicates où son sujet l’entraînait; mais il ale mérite rare de faire beaucoup penser, et on ne peut le com-battre qu’en lui accordant son estime. Il a d’ailleurs eu l’art detempérer la sécheresse, presque inévitable dans les matières di-dactiques , par un grand nombre de traits piquans et d’anecdotesintéressantes, qui soulagent et soutiennent l’attention en joi-gnant l’agrément à l’utilité; par là il ménage à l’esprit des es-pèces de repos, que tout écrivain qui veut être lu et goûté doitavoir soin de placer de distance en distance, surtout s’il écritpour des Français, dont la légèreté, incapable de se fixer long-temps sur le même objet, a besoin d’être soulagée et raniméepar des momens de distraction et de relâche. Enfin, cet excellentouvrage porte partout l’empreinte d’un amateur vraiment dignede ce nom, d’un bel esprit philosophe et d’un savant qui a connu lesGrâces. L’auteur discute plusieurs questions intéressantes, el les