DE DUBOS. 209
Averti par la vieillesse qui s’approchait à grands pas, et par les infir-mités qui la lui annonçaient, il pensait à se retirer dans sa patrie,pour y achever paisiblement et obscurément sa carrière, lorsqu’unemaladie longue et douloureuse vint l’enlever à ses confrçres et àses amis. Il vit approcher la mort, non-seulement avec la plusgrande tranquillité, mais avec une sorte de sérénité philoso-phique , comme l’heureuse fin des maux qu’il endurait, commele tribut que tout homme doit à la nature , et comme un bien-fait qu’elle accorde à ceux qui souffrent. Il répétait en mourantce mot d’un ancien : Que le trépas est une loi , et non pas unepeine ( Lex est, non pœna perire ) ; et il y joignait cette ré-flexion bien digne d’un sage, que trois choses doivent nous con-soler de la perte de la vie , les amis que nous avons perdus, lepeu de gens dignes d’étre aimés que nous laissons apres nous ,et enfin le souvenir de nos sottises et Vassurance de n’en plusfaire. Ses derniers momens lui parurent si doux , qu’on a osédire qu’il en avait hâté le terme. C’est une calomnie que sa mé-moire partage avec celle de plusieurs grands hommes, et dontelle ne sera pas plus flétrie. L’abbé Dubos, qui savait que ladouleur est la condition de vivre, se soumettait sans murmurerà cet arrêt irrévocable du sort; et s’il eut été capable d’oublierun moment son caractère de chrétien et de prêtre 1 , pour sou-haiter , à l’exemple d’un ancien philosophe, que la nature, quinous a faits si malheureux, eût rendu le suicide moins pénible ànotre faiblesse , il aurait fait un tel vœu, non pour user de cettecoupable ressource, mais pour supporter plus aisément ses mauxpar la facilité même qu’il aurait eue de les. finir.
NOTE.
(1) « Lr.s desseins de la reine Anne pour fc rappel du Prétendant, dit» un auteur moderne, furent rompus par la nation anglaise, dans la» crainte que le Prétendant arrivé au trdnc 11’anéantît la dette natio-» nale, comme l’ouvrage d'une autorité illégitime. »
L abbé Dubos l'avait maladroitement annoncé dans scs Intérêts del Angleterre mal entendus. 11 servit aussi mal le Prétendant, en prou-vant que le chemin au trône lui serait fermé sans retour, si, à la mortt e la reine Anne , l'union de l'Ècosse et de l’Angleterre-était consom-mée. L écrit de l’abbé Dubos , répandu avec profusion dans les trois1 oyaumes par le parti jacobitc, y excita des alarmes d'autant plus
Il n était encore que diacre lorsqu'il mourut; tuais il était au moment dese aire prêtre, pour s’acquitter plus complètement*h Beauvais de tous les de-vons de chanoine.