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ÉLOGE DE MASSILLON.chercher au milieu du peuple pour le placer à la tête d’un desplus grands diocèses du royaume, a bravé le préjugé assez com-mun , même de nos jours , que la Providence n’a pas destiné auxgrandes places le génie qu’elle a fait naître aux derniers rangs.Si les distributeurs des dignités ecclésiastiques n’avaient pas eula sagesse, ou le courage, ou le bonheur d’oublier quelquefoiscet apophthegme de la vanité humaine , le clergé de France eûtété privé de la gloire dont il est aujourd’hui si flatté, de compterl’éloquent Massillon parmi ses évêques.
Ses humanités finies, il entra dans l’Oratoire à l’âge de dix-sept ans. Résolu de consacrer ses travaux à l’Eglise, il préféraaux liens indissolubles qu’il aurait pu prendre dans quelqu’unde ces ordres religieux si multipliés parmi nous , les engagemenslibres que l’on contracte dans une congrégation, à laquelle legrand Bossuet a donné ce rare éloge , que tout le monde y obéitsans que personne y commande. Massillon conserva jusqu’à lafin de'sa vie le plus tendre et le plus précieux souvenir des leçonsqu’il avait reçues et des principes qu’il avait puisés dans cettesociété vraiment respectable, qui sans intrigue, sans ambition ,ailnant et cultivant les lettres par le seul désir d’être utile , s’estfait un nom distingué dans les sciences sacrées et profanes ; quipersécutée quelquefois , et presque toujours peu favorisée 1 deceux même dont elle aurait pu espérer l’appui, a fait, malgréce fatal obstacle , tout le bien qu’il lui était permis de faire , etn’a jamais nui à personne , même à ses ennemis; enfin qui a sudans tous les temps , ce qui la rend encore plus chère aux sages ,pratiquer la religion sans petitesse , et la prêcher sans fanatisme.
Les supérieurs de Massillon jugèrent bientôt par ses premiersessais, de l’honneur qu’il devait faire à leur congrégation. Us ledestinèrent à la chaire ; mais ce ne fut que par obéissance qu’ilconsentit à remplir leurs vues ; lui seul ne prévoyait pas la cé-lébrité dont on le flattait, et dont sa soumission et sa modestieallaient être récompensées. Il est des talens pleins de confiance ,qui reconnaissent, comme par instinct, l’objet que la nature leurdestine, et qui s’en emparent avec vigueur; il en est d’humbleset de timides qui ont besoin d’être avertis de leurs forces , et qui,par cette naïve ignorance d’eux-mêmes, n’en sont que plus inté-ressans , plus dignes qu’on les arrache à leur obscurité modestepour les présenter à la Renommée et leur montrer la gloire quiles attend.
Lejeune Massillon fit d’abord tout ce qu’il put pour se dérobera cette gloire. Déjà il avait prononcé, par pure obéissance , étant
' Il faut excepter ces derniers temps où l'autorité eccUViastiqiïe et séculièrea rem u plus de justice à cette congrégation.