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Tome troisième.
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ÉLOGE

encore en province , les oraisons funèbres de Villeroy, arche-vêque de Lyon , et de Villars, archevêque de Vienne : ces deuxdiscours, qui n’étaient à la vérité que le coup d’essai d’un jeunehomme, mais d’un jeune homme qui annonçait déjà ce qu’ilfut depuis, eurent le plus brillant succès. L’humble orateur,effrayé de sa réputation naissante , et craignant, comme il ledisait, le démon de l’orgueil , résolut de lui échapper pour tou-jours , en se vouant à la retraite la plus profonde , et même laplus austère. Il alla s’ensevelir dans l’abbaye de Septfons, ou l’onsuit la même règle qu’à la Trappe, et il y prit l’habit. Pendant sonnoviciat, le cardinal de Noailles adressa à l’abbé de Septfons,dont il respectait la vertu , un mandement qu’il venait de publier.L’abbé , plus religieux qu’éloquent, mais conservant encore , aumoins pour sa communauté , quelque reste d’amour-propre ,voulait faire au prélat une réponse digne du mandement qu’ilavait reçu. Il en chargea le novice ex-oratorien, et Massillon leservit avec autant de succès que de promptitude. Le cardinal,étonné de recevoir de cette thébaïde un ouvrage si bien écrit,ne craignit point de blesser la vanité du pieux abbé de Septfons,en lui demandant qui en était l’auteur. L’abbé nomma Mas-sillon , et le prélat lui répondit qu’il ne fallait pas qu’un si grandtalent, suivant l’expression de*l’Ecriture, demeurât caché sousle boisseau. Il exigea qu’on fit quitter l’habit au jeune novice, illui fit reprendre celui de l’Oratoire , et le plaça dans le sémi-naire de St.-Magloire , à Paris , en l’exhortant à cultiver l’élo-quence de la chaire , et en se chargeant, disait-il, de sa fortune,que les vœux du jeune orateur bornaient à celle des apôtres,c’est-à-dire , au nécessaire le plus étroit, et à la simplicité la plusexemplaire.

Ses premiers sermons produisirent l’effet que ses supérieurs etle cardinal de Noailles avaient prévu. À peine commença-t-il .àse montrer dans les églises de Paris, qu’il effaça presque tous ceuxqui brillaient alors dans cette carrière. Il avait déclaré qu’iY neprêcherait pas comme eux, non par un sentiment présomptueuxde sa supériorité, mais par l’idée, aussi juste que réfléchie, qu’ils’était faite de l’éloquence chrétienne. Il était persuadé que si leministre de la parole divine se dégrade en annonçant d’une ma-nière triviale des vérités communes , il manque aussi son buten croyant subjuguer, par des raisonnemens profonds, des au-diteurs qui pour la plupart ne sont guère à portée de le suivre ;que si tous ceux qûi l’écoutent n’ont pas le bonheur d’avoir deslumières , tous ont un cœur ou le prédicateur doit aller chercherses armes; .qu’il faut, dans la chaire, montrer l’homme à lui-même, moins pour le révolter par l’horreur du portrait, que