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Tome troisième.
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DE MASSILLON.pour l’aflliger par la ressemblance ; et (pi’eniin , s’il est quelque-fois utile de l'effrayer et de le troubler, il l’est encore plus defaire couler ces larmes douces , bien plus efficaces que celles dudésespoir.

Tel fut le plan que Massillon se proposa , et qu’il remplit enhomme qui l’avait conçu, c’est-à-dire, en homme supérieur. Ilexcelle dans la partie de l’orateur , qui seule peut tenir lieu detoutes les autres, dans cette éloquence qui va droit à l’âme , maisqui l’agite sans la renverser, qui la consterne sans la flétrir, etqui la pénètre sans la déchirer. Il va chercher au fond du cœur cesreplis cachés ou les passions s’enveloppent, ces sophismes secretsdontelles savent si bien s’aider pournous aveugler et nous séduire.Pourcombattreetdétruirecessophismes , il lui suffit presque de lesdévelopper , mais il les développe avec une onction si affectueuse etsi tendre, qu’il subjugue moins qu’il n’entraîne, et qu’en nous of-frant même la peinture de nos vices, il sait encore nous attacher etnousplaire. Sa diction , toujours facile , élégante et pure , est par-tout decelte simplicité noble , sans laquelle il n’y a ni bon goût, nivéritable éloquence ; simplicité qui étant réunie dans Massillon àl’harmonie la plus séduisante et la plus douce , en emprunte en-core des grâces nouvelles ; et, ce qui met le comble au charmeque fait éprouver ce style enchanteur, on sent que tant de beautésont coulé de source , et n’ont rien coûté à celui qui les a pro-duites. Il lui échappe même quelquefois , soit dans les expres-sions, soit dans les tours, soit dans la mélodie si touchante desou style , des négligences qu’on peut appeler heureuses, parcequ’elles achèvent de fajre disparaître non-seulement l’empreinte,mais jusqu’au soupçon du travail. C’est par cet abandon de lui-même que Massillon se faisait autant d’amis que d’auditeurs; ilsavait que plus un orateur paraît occupé d’enlever l’admiration ,moins ceux qui l’écoutent sont disposés à l’accorder, et que cetteambition est l’écueil de tant de prédicateurs , qui chargés , sion peut s’exprimer ainsi, des intérêts de Dieu même , veulent ymêler les intérêts si minces de leur vanité (i). Massillon pensait,au contraire, que c’est un plaisir bien vide d’avoir affaire, sui-vant l’expression de Montaigne, à des gens qui nous admirenttoujours et fassent place , surtout dans ces inomens oh il est sidoux de s’oublier soi-même pour ne s’occuper que des être faibleset malheureux qu’on doit instruire et consoler. 11 comparait l’é-loquence étudiée des prédicateurs profanes à ces fleurs dont lesmoissons se trouvent si souvent étouffées , et qui très-agréables àla vue, sont très-nuisibles à la récolte.

Dn s étonnait comment un homme voué par état à la retraite ,pouvait connaître assez bien le monde pour faire des peintures