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Tome troisième.
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concurrent si redoutable ; mais ils n’y pouvaient re’ussir qu’enaccusant sa doctrine; et sur ce point délicat, Massillon ne lais-sait pas même de prétexte à leurs dispositions charitables. Ilétait à la vérité membre d’une congrégation dont les opinionsétaient alors foft attaquées ; plusieurs de ses confrères avaient été,par ce pieux motif, adroitement écartés de la chaire de Ver-sailles. Mais les sentimens de Massillon , exposés chaque jour àla critique d’une cour attentive et scrupuleuse, n’offraient pasmême le nuage le plus léger aux yeux clairvoyans de la haine ;et son orthodoxie irréprochable était le désespoir de ses ennemis.Déjà l’Eglise et la nation le nommaient à l’épiscopat; l’envie,presque toujours aveugle sur ses vrais intérêts, aurait pu , avecune politique plus raffinée, envisager celte dignité comme unhonnête moyen d’enfouir les talens de Massillon, en le reléguantà cent lieues de Paris et de la cour ; elle ne porta pas si loin sadangereuse pénétration, et ne vit dans l’épiscopat qu’une ré-compense brillante dont il lui importait de priver l’orateur quien était digne. Elle fit pour y réussir un dernier effort, et jouitdu triste avantage d’obtenir au moins un succès passager ; ellecalomnia les mœurs de Massillon , et trouva facilement, suivantl’usage, des oreilles prêtes à l’entendre, et des âmes prêtes àcroire. Le souverain même, tant le mensonge est habile à s’in-sinuer auprès des monarques les plus justes , fut, sinon convaincu,au moins ébranlé ; et ce même prince, qui avait dit à Massillonqu'il voulait l'entendre tous les deux ans , sembla craindre dedonner à une autre église l’orateur qu’il s’était réservé pour lui.

Louis XIV mourut, et le régent , qui honorait les talens deMassillon , et qui méprisait ses ennemis , le nomma à l’évêcliéde Clermont ; il voulut de plus que la cour l’entendît encore unefois, et l’engagea à prêcher un carême devant le roi, alors âgéde neuf ans.

Ces sermons, composés en moins de trois mois, sont connussous le nom de Petit Carême (4). C’est peut-être, sinon le chef-d’œuvre, au. moins le vrai modèle de l’éloquence de la chaire.Les grands sermons du même orateur peuvent avoir plus de mou-vement et de véhémence ; l’éloquence du Petit Carême est plusinsinuante et plus sensible ; et le charme qui eu résulte aug-mente encore par l’intérêt du sujet, par le prix inestimable deces leçons simples et touchantes , qui destinées à pénétrer avecautant de douceur que de force dans le cœur d’un monarqueenfant , semblent préparer le bonheur de plusieurs millionsd’hommes, en annonçant au jeune prince qui doit régner sureux, tout ce qu’ils ont droit d’en attendre. C’est là que l’orateurmet sous les yeux des souverains les écueils et les malheurs du