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Tome troisième.
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DE MASSILLON. . 217

rang suprême ; la vérité fuyant les trônes , et se cachant pour lesprinces mêmes qui la cherchent ; la confiance présomptueuseque peuvent leur inspirer les louanges, même les plus justes; ledanger presque égal pour eux de la faiblesse qui n’a point d’avis ,et de l’orgueil qui n’écoute que le sien ; le funeste pouvoir deleurs vices pour corrompre , avilir et perdre toute une nation ;ladétestable gloire des princes conquéraus, si cruellementachetéepar tant de sang et tant de larmes ; l’Etre suprême enfin, placéentre les rois oppresseurs et les peuples opprimés, pour effrayerles rois et venger les peuples. Tel est l’objet de ce Petit Carême,digne d’être appris par tous les enfans destinés à régner, et d’êtremédité par tous le» hommes chargés de gouverner le monde.Quelques censeurs sévères.ont néanmoins reproché à ces éxcellensdiscours un peu d’uniformité et de monotonie. Ils n’offrent guère,dit-011, qu’une vérité à laquelle l’orateur s’attache et revient tou-jours, la bienfaisance et la bonté que les grands et les puissansdu siècle doivent aux petits et aux faibles , à ces hommes que lanature a créés leurs semblables , que l’humanité leur a donnéspour frères; et que le sort a fait naître malheureux. Mais sansexaminer la justice de ce reproche , cette vérité est si consolantepour tant d’hommes qui gémissent et qui souffrent, si précieusedans l’institution d’un jeune roi, si nécessaire surtout à faire en-tendre aux oreilles endurcies des courtisans qui l’environnent,que l’humanité doit bénir l’orateur qui en a plaidé lacause avectant de persévérance et d’intérêt. Des enfans peuvent-ils seplaindre qu’on parle trop long-temps à leur père du besoin qu’ilsont de lui, et du devoir que' la nature lui fait de les aimer?

La même année où furent prononcés ces discours, Massillonentra dans l’Académie Française. L’abbé Fleury , qui le reçut enqualité de directeur, lui donna entre autres éloges celui d’avoirsu se mettre à la portée du jeune roi dans les instructions qu’illui avait destinées. Il semble, lui dit-il, que vous ayez vouluimiter le prophète , qui pour ressusciter le fils de la Sunamite,se raj)etissa, pour ainsi dire , en mettant sa bouche sur la bouche ,ses yeux sur les yeux , ses mains sur les mains de l'enfant, etqui après l'avoir ainsi réchauffé, le rendit à sa mère pleinde vie.

Ce même discours du directeur offre un second trait, aussiédifiant que remarquable. Massillon venait d’être sacré évêque ;aucune place à la cour, aucune affaire , aucun prétexte enfinne pouvait le retenir loin de son troupeau. L'abbé Fleury, ob-servateur inexorable des canons , 11e vit, en recevant son nou-veau confrère, que les devoirs rigoureux que l’épiscopal lui im-posait; les devoirs de l’académicien disparurent entièrement à