DE MASSILLOèî. 219
dules un sujet de triomphe, peu réel à la vérité, mais toujoursaffligeant par l’avantage apparent qu’ils en tirent ; ces sages re-montrances furent sans elFet, et il appritparsa propre expériencequ’il est souvent moins difficile de ramener des mécréans, quede concilier ceux qui auraient tant d’intérêt de se réunir pourles confondre.
Vivement pénétré des vraies obligations de son état, Massillonremplit surtout le premier devoir d’un évêque , celui qui le faitchérir et respecter de l’incrédulité même , le devoir, ou plutôtle plaisir si doux de l’humanité et de la bienfaisance. Il réduisità des sommes très-modiques ses droits épiscopaux, qu’il auraitentièrement abolis, s’il n’avait cru devoir respecter le patrimoinede ses successeurs, c’est-à-dire, leur laisser de bonnes actionsà faire. Il fit porter en deux ans vingt mille livres à l’IIôtel-Dieude Clermont. Tout son revenu appartint aux pauvres. Son dio-cèse en conserve le souvenir après plus de trente années , et samémoire y est honorée tous les jours de la plus éloquente oraisonfunèbre , des larmes de cent mille malheureux.
11 avait joui , dès son vivant, de cette oraison funèbre qu’il nepeut plus entendre. Dèsqu’il paraissait dans les rues de Clermont,le peuple se prosternait autour de lui en criant : vive notre père.Aussi ce vertueux prélat disait-il souvent, que ses confrères nesentaient pas assez quel degré de considération et d’autorité ilspouvaient tirer de leur état, que ce n’était ni par le faste, ni parune dévotion minutieuse , encore moins par les grimaces et lesintrigues de l’hypocrisie , qu’ils pouvaient se rendre chers à l’hu-manité et redoutables à ceux qui l’oppriment , mais par cesvertus dont le cœur du peuple est le juge , et quidans un ministrede la vraie religion retracent à tous les yeux l’Etre juste et bien-faisant dont il est l’image.
Parmi les aumônes immenses qu’il a faites, il en est qu’il acachées avec le plus grand soin , non-seulement pour ménagerla délicatesse des particuliers malheureux qui les recevaient,mais pour épargner quelquefois à des communautés entières lesentiment, même le plus mal fondé , d’inquiétude et de crainteque ces aumônes pouvaient leur causer. Un couvent nombreuxde religieuses était sans pain depuis plusieurs jours; elles étaientrésolues de périr plutôt que d’avouer cette affreuse misère , dansla crainte qu’on ne supprimât leur maison , à laquelle elles étaientbien plus attachées qu’à leur vie. L’évêque de Clermont appriten meme temps , et leur indigence extrême , et le motif de leursilence. Pressé de leur donner des secours, il craignit de lesalarmer en paraissant instruit de leur état ; il envoya secrète-ment à ces religieuses une somme très-considérable, qui assurait