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Tome troisième.
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22 n ELOGE

leur subsistance, jusqu’à ce qu’il aût trouvé moyen d’y pourvoirpar d’autres ressources ; et ce ne fut qu’après la mort de Massillonqu’elles connurent le bienfaiteur à qui elles étaient si redevables.

Non-seulement il prodiguait sa fortune aux indigeus, il lesassistait encore , avec autant de zèle que de succès , de son créditet de sa plume. Témoin, dans ses visites diocésaines, de la mi-sère sous laquelle gémissaient les liabitans delà campagne , et sonrevenu ne suffisant pas pour donner du pain à tant d’infortunésqui lui en demandaient, il écrivait à la cour en leur faveur ; etpar la peinture énergique et touchante qu’il faisait de leurs be-soins, il obtenait, ou des secours pour eux, ou des diminutionsconsidérables sur les impôts (g). On assure que ces lettres sur cetobjet intéressant sont des chefs-d’œuvre d’éloquence et de pa-thétique, supérieurs encore aux plus touclians de ses sermons :et quels mouvemens en effet ne devait pas inspirer à cette âmevertueuse et compatissante le spectacle de l’humanité souffranteet opprimée ?

Plus il respectait sincèrement la religion , plus il avait de mé-pris pour les superstitions qui la dégradent, et de zèle pour lesdétruire. Il abolit, non sans peine , des processions très-ancienneset très-indécentes , que la barbarie des siècles d’ignorance avaitétablies dans son diocèse , qui travestissaient le culte divin en unemascarade scandaleuse , et auxquelles les habitons de Clermontcouraient en foule, les uns par une dévotion stupide , les autrespour tourner celte farce religieuse en ridicule. Les curés de laville, craignant la fureur du peuple , d’autant plus attaché à cespieuses comédies qu’elles sont plus absurdes, n’osaient publier lemandement qui défendait ces processions. Massillon monta enchaire, publia son mandement lui-même, se fit écouler d’unauditoire tumultueux qui'aurait insulté tout autre prédicateur,et jouit par celte victoire du fruit de sa bienfaisance et de sa vertu.

Il mourut comme était mort Fénélon , et comme tout évêquedoit mourir , sans argent et sans dettes. Ce fut le 28 septem-bre 1742., que l’Église, l’éloquence et l’humanité firent cette perteirréparable (10).

Un événement assez récent, et bien fait pour loucher les cœurssensibles , prouve combien la mémoire de Massillon est précieuse,non-seulement aux indigens dont il a essuyé les larmes, mais àtous ceux qui l’ont connu. Il y a quelques années qu’un voyageur,qui se trouvait à Clermont, désira de voir la maison de cam-pagne oii le prélat passait la plus grande partie de l’année. Us’adressa à un ancien grand-vicaire , qui depuis la mort de l’é-vêque 11’avait pas eu la force de retourner à celte maison de cam-pagne, où il ne devait plus retrouver celui qui l’habitait. Le