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DE MASSILLON.
grand-vicaire consentit néanmoins à satisfaire le désir du voya-geur, malgré la douleur profonde qu’il se préparait en allantrevoir des lieux si tristement chers à son souvenir. Ils partirentdonc ensemble, et le grand-vicaire montra tout à l’étranger.Voilà , lui disait-il les larmes aux yeux, l'allée ou. ce cligneprélat se promenait avec nous _ Voilà le berceau ou il se repo-
sait en faisant quelques lectures Voilà le jardin qu'il cultivait
de ses propres mains _Ils entrèrent ensuite dans la maison , et
quand ils furent arrivés à la chambre où Massillon avait rendules derniers soupirs : Voilà, dit le grand-vicaire, l'endroit oùnous l'avons perdu , et il s’évanouit en prononçant ces mots. Lacendre de Titus et de Marc-Aurèle eût envié un pareil hommage.
On a aussi souvent comparé Massillon à Bourdaloue, qu’on acomparé Cicéron à Démosthène, ou Racine à Corneille : cessortes de parallèles, féconde matière d’antithèses , prouvent seu-lement qu’on a plus ou moins le talent d’en faire. Nous nous in-terdirons sans regret ces lieux communs , et nous nous borneronsà une seule réflexion. Lorsque Bourdaloue parut, la chaire étaitencore barbare, disputant, comme le dit Massillon lui-même, oude bouffonnerie avec le théâtre , ou de sécheresse avec l’école.L’orateur jésuite fit le premier parler à la religion un langagedigne d’elle ; il fut solide , vrai, et surtout d’une logique sévèreet pressante. Si celui qui entre le premier dans une carrière abien des épines à arracher, il jouit aussi d’un grand avantage,c’est que les pas qu’il y fait sont plus marqués , et dès lors pluscélébrés que ceux de tous ses successeurs. Le public, accoutuméà voir régner long-temps Bourdaloue, qui avait été le premierobjet de son culte , est demeuré long-temps persuadé qu’il 11epouvait avoir de rival, surtout lorsque Massillon vivait, et queBourdaloue, du fond de son tombeau, n’entendait plus le cri dela multitude en sa faveur. Enfin la mort qui amène la justice àsa suite, a mis les deux orateurs à leur place ; et l’envie qui avaitôté à Massillon la sienne, peut la lui rendre maintenant sansavoir à craindre qu’il en jouisse. Nous nous abstiendrons pour-tant de lui donner une prééminence que des juges graves luicontesteraient : la plus grande gloire de Bourdaloue est que lasupériorité de Massillon soit encore disputée ; mais si elle pouvaitetre décidée en comptant le nombre des lecteurs, Massillon au-rait tout l’avantage ; Bourdaloue n’est guère lu que des prédica-teurs ou des âmes pieuses ; son rival est dans les mains de tousceux qui lisent ; et il nous sera permis de dire ici, pour mettrele comble à son éloge, que le plus célèbre écrivain de notre na-tion et de notre siècle (Voltaire) faisait des sermons de ce grandorateur une de ses lectures les plus assidues; que Massillon était