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Tome troisième.
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22a ÉLOGE

pour lui le modèle des prosateurs , comme Racine est celui despoètes, et qu’il avait toujours sur la même table le Petit Carêmeà côté d’ Athalie (u).

Si l’on voulait cependant chercher entre ces deux orateurs il-lustres une espèce de parallèle , on pourrait dire avec un hommed’esprit, que Bourdaloue étant plus raisonneur , et Massillonplus touchant , un sermon excellent à tous égards, serait celuidont Bourdaloue aurait fait le premier point et Massillon le se-cond. Peut-être un discours plus parfait encore serait celui oùils ne paraîtraient pas ainsi l’un après l’autre , mais où leurs ta-lens fondus ensemble se pénétreraient, pour ainsi dire , mu-tuellement, et où le dialecticien serait en même temps pathé-tique et sensible.

Nous ne devons pas dissimuler qu’on accuse en général tousles sermons de notre éloquent académicien du même défaut queson Petit Carême ; c’est de n’offrir souvent dans la même pagequ’une même idée, variée, il est vrai, par toutes les richessesque l’expression peut fournir, mais qui ne sauvant pas l’unifor-mité du fond, laissent un peu de lenteur dans la marche. On afait la même critique de Sénèque, mais avec bien plus de jus-tice. Sénèque, uniquement jaloux d’e'tonner son lecteur par laprofusion d’esprit dont-il l’accable, le fatigue d’autant plus,qu’on sent qu’il s’est fatigué lui-même par un étalage si fastueuxde ses richesses , et qu’il ne les montre avec tant de luxe qu’a-près les avoir ramassées avec effort : Massillon, toujours remplidu seul intérêt de son auditeur, semble ne lui présenter en plu-sieurs manières la vérité dont il veut le convaincre , que par lacrainte qu’il a de ne la pas graver assez fortement dans sonâme ; et non-seulement on lui pardonne ces douces et tendresredites, mais on lui sait gré du motif touchant qui les multiplie ;on sent qu’elles partent d’un cœur qui éprouve le plaisir d’aimerscs semblables, et dont la sensibilité vive et profondes besoinde se répandre.

Il est étonnant que le clergé de France , qui possédait un ora-teur si éminent, ne l’ait pas nommé une seule fois pour prêcherdans ses assemblées ; il ne le désira jamais , et laissa à des talensmédiocres et ambitieux cette petite gloire dont il n’avait pasbesoin. Il fut même choisi rarement pour être membre de l’as-semblée , et consentait sans peine, disait - il, que les prélatsmoins attachés que lui à la résidence, eussent recours à cet hon-nête moyen de s’en dispenser. L’indifférence que les confrèresde l’évêque de Clermont paraissaient lui marquer, n’était niprojetée de leur part, ni même volontaire; c’était l’ouvrageobscur de quelques hommes en place, qui, par des motifs dignes