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Tome troisième.
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DE MAS SILLON.

d’eux, écartaient sourdement Massillon des yeux de la cour ,non comme un sujet intrigant, car ils le connaissaient trop bienpourlui faire cette injure, mais comme un prélat illustre et res-pecté , dont la supériorité , vue de trop près , aurait pu jeter unéclat que les hommes puissans et bornés n’aiment en aucungenre. Quelle perte néanmoins pour un tel auditoire, que celled’un prédicateur tel que Massillon ! quel sujet de discours plusintéressant, que d’avoir à parler aux princes de l’Eglise assem-blés , des augustes devoirs que leur dignité leur impose ; des yeuxde tout un peuple fixés sur eux, et des grands exemples qu’ilen attend ; du droit que la sainteté de leur caractère , et surtoutcelle de leur vie, peut leur donner pour faire entendre la véritéaux rois , et pour porter aux pieds du trône le cri si souventrépoussé de l’innocent et du pauvre ! Croyait-on que Massillonfût indigne de traiter un si grand sujet, ou craignait-on plutôtqu’il ne le traitât avec trop d’éloquence ?

Ce grand orateur prononça , soit avant que d’être évêque, soitdepuis qu’il le fut devenu, quelques oraisons funèbres , dont lemérite fut éclipsé par celui de ses sermons. S’il n’avait pas dansle caractère cette inflexibilité qui annonce la vérité avec rudesse,il avait cette candeur qui ne permet pas de la déguiser. A traversles louanges qu’il accorde dans ces discours, soit à la bienséance,soit même à la justice, le jugement secret qu’il porte au fond deson cœur sur celui qu’il est chargé de célébrer, échappe, sansqu’il y pense, à sa franchise naturelle , et surnage , pour ainsidire, malgré lui ; et on sent en le lisant qu’il est tel de ses hérosdont il aurait fait plus volontiers l’histoire que l’éloge.

Il lui était arrivé une seule fois de manquer de mémoire enprêchant ; trompé par le dégoût léger que cet accident lui donna,il pensait qu’il y aurait beaucoup plus d’avantage à lire les ser-mons qu’à les réciter. Nous qsons n’être pas de son avis; lalecture forcerait l’orateur, ou à se pfiver de ces grands mou-vemens qui sont l’âme de la chaire, ou à rendre ces mouvemensridicules en y donnant un air d’apprêt et d’exagération qui dértruirait le naturel et la vérité. Massillon semble avoir senti lui-même que le mérite le plus propre à séduire dans un discoursoratoire, est qu’il paraisse débité sur-le-champ et sans qu’aucunetrace de préparation s’y laisse apercevoir; car lorsqu’on lui de-mandait quel était celui de ses sermons qu’il croyait le meilleur,il répondait, celui que je sais le mieux.

Quoique voué à l’éloquence chrétienne par goût et par devoir,il s était quelquefois , par délassement , exercé sur d’autres ob-jets : oy assure qu’il a laissé une vie manuscrite du Corrége. Ilne pouvait choisir pour sujet de ses éloges un peintre dont les