asG NOTES SUR L’ÉLOGE
madame de Montespan , il osa en chaire rappeler au monarquel’adultère de David avec Belsabée, en adressant à Louis XIV cesparoles du prophète Nathan à David : tu es ille vir ( vous êtes cethomme). Nous avons peine à croire que Bourdaloue ait poussé jus-que-là l’audace apostolique , et plus encore, que les jésuites ses con-frères l’eussent trouvé bon. Ils ne se piquaient pas de prêcher si du-rement l’Evangile, surtout à la cour. On n’a sans doute imaginécette prétendue anecdote que pour faire honneur à Louis XIV dumot qu’on lui attribue en cette occasion : il a fait son devoir , faisonsle nôtre. Au moins est-il bien sur que s’il le dit, il n’en fit rien , caril garda sa maîtresse. Le duc d’Orléans, dans le temps de la régence ,c’est-à-dire , lorsqu’il était tout-puissant, traita avec une plus nobleindifférence un curé d’Amiens , janséniste fanatique , qui avait prêchécontre lui dans son village : de quoi se mêle cet homme ? dit-il ; je nesuis pas de sa paroisse. C’était à ce même curé d’Amiens que lecardinal de Noailles faisait des remontrances sur la violence de sonzèle. Un peu de prudence, M. le curé , lui disait le prélat. Monseigneur,lui répondit le pasteur de village , mon catéchisme irCa appris , il y along-temps , que la prudence est une des vertus cardinales.
(4) Parmi tous les traits d’éloquence , de sentimens , de couragemême dont brillent ces admirables discours , nous ne citerons queles deux passages suivans. Ils pourraient être , surtout aujourd’hui,la matière d’uu grand nombre de réflexions que nous abandonneronssagement à nos lecteurs ; La liberté, Sire , que les princes doivent à
leurs peuples, c’est la liberté des lois. Vous ne connaissez que Dieu
seul au-dessus de vous , il est vrai ; mais les lois doivent avoir plus d'au-torité que vous-même. Vous ne commandez pas à des esclaves ; vouscommandez à une nation libre et belliqueuse , aussi jalouse de sa li-berté que de sa fidélité , et dont la soumission est d’autant plus sûre ,quelle est fondée sur l'amour qu’elle apourses maîtres. Les rois peuventtout sur elle , parce que sa tendresse et sa fidélité ne mettent point debornes à son obéissance ; mais il faut que les rois en mettent eux-mêmes
à leur autorité . , et n’exigent de sa soumission que ce que les lois
leur permettent d’en exiger .; autrement ils ne régnent pas sur leurs
sujets , ils les subjuguent . Ce n’est donc pas le souverain , c’est
la loi , Sire, qui doit régner sur les peuples : vous n’en êtes que le
ministre et le premier dépositaire . Les souverains deviennent moins
puissans dès qu’ils veulent l'être plus que les lois. Ils perdent encroyant gagner. Tout ce qui rend l’autorité odieuse , l’énerve et ladiminue ‘.
Dans un autre sermon, l’orateur s’exprime ainsi : Le souverain n’estpas une idole que les peuples ont voulu se faire pour l’adorer ; c’est unsurveillant qu’ils ont mis à leur tête pour les protéger et pour les dé-fendre. Ce n'est pas de ces divinités inutiles qui ont des yeux et nevoient point , une langue et ne parlent point f des mains et n’agissent
‘ C’est ce que Voltaire a si fortement exprimé par ce beau vers dans la tra-gédie de Tancr 'ede :
L’injustice h la fin produit l’indépendance.